une idée ... (suite)
Kafka et Le Clézio auront partagé le même goût d'écrire la nuit ( en exerçant également une activité professionnelle le jour ). Kafka était très sensible aux bruits. Le monde nocturne au coeur d'une ville de province est encore aujourd'hui ( mais pour combien de temps ?) celui qui se rapproche le mieux d'une sorte de paix, dans laquelle les activités humaines se taisent. Ecrire n'est donc pas une activité humaine comme les autres. Il y a dans la nuit une fluidité proche de l'apesanteur, dans laquelle les "choses" qui témoignent de l'intelligence humaine se dissolvent, pour laisser place à cette autre "matière" qui aime à se mouvoir puissamment, intensément et surtout librement, comme dans les rêves les plus fous que peuvent nous apporter le sommeil. Il nous reste alors à "décoder" cette matière, souvent volatile au réveil, qui se manifeste pendant le sommeil avec tant de force, tant de vérité, en s'affranchissant semble-t-il, une bonne fois pour toutes, de ce que l'homme a voulu que soit le temps, et de ce que l'homme a voulu que soit l'espace. Il semble bien que les croyances du passé se soient toujours accordées pour considérer que les "esprits" ne sortaient que la nuit.