une idée ... (suite)

Publié le par jean francis evenou

Connaissez-vous Romanès, son Cirque Tzigane ? Avez-vous vu son spectacle ? Le public y est riche de mamans et d'enfants. Il y a aussi des hommes, c'est vrai, comme il est vrai que dans les nouvelles générations, ils y viendront sûrement de plus en plus nombreux. Ce ne sont pas des "numéros" qui sont présentés ( non, surtout pas !). Et quand tout est fini, qu'il faut s'en aller ( un peu à regret ... ?) on doit constater qu'on est bien. L'impression  est  celle d'une curieuse légèreté en nous, qui demeure, avec aussi ( à bien y réfléchir lorsqu'on est adulte, comme c'est notre cas - et parce qu'on est un adulte ) le sentiment de ne pas avoir vu le temps passer. Il y règne une ambiance très particulière, qui a beaucoup de charme. Tout y est fait dans un même esprit. Et sur la piste, tout se déroule soyeusement, sans heurt et sans temps mort. Il y a par exemple cette exercice d'équilibre, assez rare, exécuté par une jeune fildefériste sur un appareillage réduit à sa plus simple expression, ce qui est assez étonnant pour le monde du cirque d'aujourd'hui, en particulier parce que le filin tendu sur quelques mètres entre deux points de fixation au sol, et vers lequel la jeune femme s'est avancée, lui arrive tout juste aux genoux. Aucun danger en cas de chute. Les enfants eux-mêmes sont-ils déçus ? La jeune équilibriste ne dispose d'aucun accessoire ( en particulier du fameux balancier, si impressionnant ). Elle a sa tenue de scène bien entendu, qui ne doit la gêner en rien. La métaphore est celle d'une personne, d'une femme ici, qui avance seule sur le fil tendu de la vie. Son centre de gravité va devoir flirter au plus près du mince filin d'acier, toujours à la verticale de celui-ci pendant qu'elle avance. Pas une particule, pas un atome de sa personne, pas un graviton , fut-il introuvable, n'échapperont à la manœuvre. Elle et son corps ne feront qu'un . C'est dire que tous les sens y participeront. Même l'odorat et le goût n'y seront pas pour autant neutralisés, ni endormis. Ils participeront eux-mêmes de ce que le public pourra goûter et sentir, jusqu'à contrôler son souffle comme cette artiste saura le faire, ou le retenir tout à fait ! La manoeuvre, on ne plus lente et coulée, on ne peut plus séduisante chez une femme, pourra se montrer visible, sensible au public dans le léger mouvement de ses bras, pour devenir quelque fois imperceptible jusqu'à la perfection, se concentrer toute entière, comme un libre vertige, une note aérienne et musicale en suspens jusque dans le bout des doigts. Cette femme avance ainsi. Son équilibre tiendra d'un simple frôlement de l'air, libre et imprévisible. Que faudrait-il ajouter ? L'exercice est-il réalisable autrement que seul ? Cette jeune femme pourrait-elle se retourner sur-elle même, progresser en marche arrière. Ce ne serait qu'une façon autre d'avancer. Quoi donc encore? Quelle autre prouesse ? Faudrait-il oublier ce moment partagé, de silence . Où seul le corps parle. Où les mots, leurs pantomines, se dissolvent pour laisser place à cet exercice de pure poésie, hautement spirituel.           

Trop d'explications tuent l'émotion.  Faudrait-il se convaincre de la durée du moment, de ce qu'il a d'immatériel, pour se sentir enfin léger ?


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