une idée ... (suite)
Affirmer que le réel ne laisse pas de "trace" derrière lui, c'est mettre notre propre intelligence en difficulté, en la privant d'images. Notre rapport au présent est mis en question. Pouvons-dire d'un pétale qui s'est détaché, qui gît sur la table du salon, que c'est là une "trace" ? Oui sans doute, une trace de ce qui a été, d'une rose qui dans son vase est sur le point de se défaire. Mais le pétale ne donne pas "corps" au passé pour autant. Ce qui a été - comme ici une fleur épanouie dans toute sa fraîcheur - "n'existe" qu'à l'état virtuel, dans notre mémoire. Le passé n'existe nulle part ailleurs. Le pétale, lui, témoigne de ce qui évolue, mais il est bien présent. Le passé n'a pas de dimension tangible dans le réel. Un carotage effectué dans la couche terrestre peut témoigner d'un environnement très ancien, aujourd'hui disparu, mais pas dans sa totalité. L'échantillon, bien réel, appartient au présent. Mais que sont le vase et la table, au regard du présent ? Et un livre de chevet ? Peut-il évoluer ainsi, librement, en lui-même ? Peut-il se faire et se défaire sur la table de nuit, tandis que nous dormons? Trouverons-nous la bonne lecture, un bon livre de vie, pour nous permettre d'évoluer heureusement, au présent comme il se doit, aussi dans le sommeil ?