Une idée ... (suite)

Publié le par jean francis evenou

Voici Glenn Gould, cet autre, hors du commun comme Kafka, insomniaque comme lui, qui aura passé comme lui son existence à chercher passionnément, avec impertinence, la copie introuvable de l'esprit qui est en nous, l'esprit de chacun d'entre nous. Il aura fui le public ( le bien nommé ) comme s'il y voyait une assemblée contre nature, une entreprise irréalisable, qui consisterait à réunir, contraindre, comprimer dans un espace virtuel, et dans une même communion, autant d'esprits que d'individus, pour n'en faire qu'un seul. Composer, comme on l'a dit de Glenn Gould, en s'immisçant dans  l'oeuvre d'un autre, fut-ce le plus grand, est une vision surréaliste des choses, une impasse dans laquelle s'est engagé Picasso , en sacrifiant à son époque, comme l'on fait également beaucoup de ceux qui écrivaient. Lui, Glenn Gould, aura recherché le chant du monde dans les éléments et dans la solitude, dans un bouillonnement de cascade, fiévreux, gigantesque, de chutes  sans fin, emportant avec elles comme dans une grande colère tout le flot continu, embrouillé de lumière. Bach n'est pas Glenn Gould, et mieux que personne, celui-ci le savait. Il s'est voulu donnant le meilleur de lui même, la meilleure interprétation, pour qu'elle soit déposée entre de bonnes mains, diffusée de la même façon, par une technologie fiable, entièrement consacrée à l'écoute cette fois, comme peut l'être un bon livre. 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article