Samedi 18 février 2012
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Le voyage de Camus l'étranger à Prague ...
Dans L'envers et l'endroit, l'essai qui se rapporte à ce voyage est intitulé La mort dans l'âme. Pour un athée il conviendrait plutôt d'évoquer l'esprit, tant le mot
âme est chargé, mais il est difficile aujourd'hui de remplacer une formulation aussi répandue à l'époque, par quelque chose qui dirait bien qu'en effet, lorsque la mort rôde, l'esprit lui
pour autant n'est pas mort.
Camus écrit ceci : << J'arrivai à Prague à six heures du soir. Tout de suite, je portai mes bagages à la consigne. J'avais encore deux heures pour chercher un hôtel. Et je me sentais gonflé
d'un étrange sentiment de liberté parce que mes deux valises ne pesaient plus à mes bras.>>
Cet étrangeté ne va-t-elle pas au-delà d'un ressenti que chacun peut connaître au moment de se retrouver les mains libres ? Est-ce bien seulement recouvrer sa liberté de mouvement ?
N'est-ce pas aussi que ces deux valises et leur contenu viennent comme lui de l'endroit où il vit ? Que c'est aussi inverser le mouvement que de s'en décharger ?
Que devrait-on pouvoir laisser après soi lorsqu'on voyage ? Je dirais quasiment tout ... et donc, à défaut de pouvoir se montrer dans toute sa nudité, d'être ainsi que l'on puisse librement
découvrir un lieu qui nous est étranger avec l'esprit ouvert, donc vidé de tout ce que l'on croît être. De sorte que très naturellement nous puissions devenir comme étranger à nous-mêmes ;
à cela en tout cas que nous avons laissé derrière nous, par la plus agréable et la plus simple forme d'oubli qui soit.
On pourrait disserter sur le bagage, cette sorte de charge que la clientèle des palaces fait peser sur le porteur, jusqu'au déclassement de ce dernier, quand l'un, dans son état, se considère
manifestement et supérieurement bien plus libre que l'autre - au point de l'ignorer.
Par nevenoe
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Publié dans : litérature et société
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