Vendredi 14 août 2009
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Et voilà que cette même personne nous dit << Je ne suis pas de ce monde. Pas de ce monde-là, en tout cas ! >> Alors quel autre ? Il n'y a pas de monde où le contraire pourrait
exister. Les "trous noirs" de l'univers, l'antimatière ne sont pas des contraires. Parce qu'alors il faudrait admettre qu'il puisse s'y trouver une chose et son contraire, c'est-à-dire deux
choses qui ne seraient pas du même monde, et donc deux mondes différents, ou qui plus est, deux mondes faits pour s'opposer. C'est pure imagination. La course autour du monde à la voile n'a
d'intérêt au fond que dans la mesure où le navigateur affronte des vents dits contraires. En vérité ils sont contraires à la seule volonté de l'homme, qui à défaut de pouvoir les maîtriser n'a de
cesse de tirer des bords. Il y avait assurément nécessité de se protéger des vents comme de s'en servir, aux origines, mais la volonté humaine va bien au delà. Maîtriser le monde conduit à le
détruire. Procréer, construire : ce sont pour nous les deux pôles de l'existence, l'un vivant, l'autre mécanique. S'il y a opposition, et surtout conflit, ce n'est pas parce que ces deux pôles
sont contraires. C'est impossible puisqu'il faudrait encore, n'étant pas de même nature, qu'il y ait deux mondes pour les représenter, l'un et l'autre essentiellement vivants, ou l'un et l'autre
exclusivement mécaniques. Et c'est bien là où nous en sommes. En revanche, est-il possible que tout puisse s'inverser . Quoi donc ? Eh bien, mais le mécanique et le vivant ! Et pour ne faire
qu'un seul monde, ce que personne ne songerait à réfuter. Et cela, oui, c'est de la confusion, qui peut tourner à l'abrutissement. Il s'agirait de marcher à l'envers, comme à reculons - de
vouloir, entre autre chose, mettre ses pas dans les pensées de ceux qui ne sont plus. Interroger le passé comme une chose dont on s'éloignerait, alors même qu'elle se trouve être l'inverse de ce
qui se vit, c'est prendre le risque de chercher à construire le vivant, ce qui est proprement une absurdité. Le vivant est dans un mouvement perpétuel, inaccessible, échappant par nature à toute
mesure, en chiffre et nombre. Tandis que la mécanique a pour elle de pouvoir être reproduite à l'identique. La technologie, depuis ses origines, ne fait qu'appliquer des lois universelles, mais
qui ne répondent que des éléments naturels. Ce n'est pas là notre identité. L'eau, le feu, l'air, la terre, ne sont plus objets de croyances, et pourtant nous continuons de nous référer aux lois
qui les gouvernent, au prétexte qu'elles ont rendu possible l'environnement technique dans lequel nous baignons aujourd'hui, celui-là même qui nous vaut de maîtriser le monde, et bien au-delà des
seuls éléments. Du reste, catastrophes naturelles multiples et désordre écologique semblent aller de pair. La question reste posée.
Notre langue est ainsi faite qu'on y trouve autant de produits toxiques que dans un placement financier de haut vol. Du reste, la métaphore est le seul recours du langage qu'on ait trouvé pour
tenter d'approcher la vie, sans jamais y parvenir tout à fait. La métaphore fonctionne à sens unique, du mécanique vers le vivant, du connu vers l'inconnu. Essayez donc. Faites-nous une
proposition inverse. Le grand Rimbaud lui-même n'y a pas échappé. Le phénomène est si puissamment installé, qu'il n'est pas besoin de recourir à de grandes phrases. Un titre suffit. "Le
bateau ivre", le poème le plus connu sans doute pour avoir fait le tour du monde.
Personne ne me remplacera au moment de disparaître. Aussi personne ne sera là non plus pour prendre ma place dans les derniers moments. Aussi - et compte tenu de mon espérance de vie, en terme de
probabilité, donc de temps mesuré ( comme si c'était possible ! ) - j'en fais depuis peu une affaire personnelle. Beaucoup trop. Je regarde les autres vivre. Ou plutôt je regarde leur façon
de vivre, qui serait la vie. C'est encore la meilleure façon d'observer en l'autre ou chez l'autre ce qui devrait me permettre de ne pas m'abuser sur moi-même. Ainsi, pour un peu, j'aurais
l'impression d'avoir fait quelque progrès, comme s'il était possible aujourd'hui que je puisse enfin me rendre disponible à chacun. Ce qui n'était pas le cas lorsque je vivais dans cette bizarre
attitude qui consiste à ne point s'arrêter sur la mort, comme si c'était là une chose qui n'arrive qu'aux autres. En vérité, lorsqu'on me parle, je suis déjà ailleurs, parce que trop occupé de
moi-même. Bref, il me semble avoir vécu dans la plus grande distraction, et comme très éloigné de ce que je crois être. J'entends dire aujourd'hui que cette attitude pourrait être celle de ne pas
savoir, de n'avoir pas su dire non. Mais << ne pas avoir su >> c'est encore traîner du passé ! Ce serait donc cela le refus de désobéir ? Ce << non >> qu'il faudrait
pouvoir - une première fois - opposer à l'autre, à bon escient ? Faut-il qu'il me vienne quelques vérités simples dont il serait peu question dans la vie de tous les jours ? Ainsi nos lois
sociales seraient-elles fondées sur le mécanique, la répétition, le prévisible ? Ainsi nos sciences dites exactes nous viendraient-elles de la seule observation des éléments naturels
dont les lois sont strictement celles de la mécanique appliquée.
Qu'est-ce que ce refus qu'on s'impose, qu'on s'inflige, si ce n'est celui de désobéir ? A l'inverse de la désobéissance, ce refus est comme un double noeud dont on ne peut plus se libérer. Tous
les écarts de l'adolescence en témoignent, qu'ils soient magnifiques ou navrants. Du conformisme mou à l'obéissance aveugle, le noeud est de plus en plus fermé.