Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /Avr /2008 11:55
La beauté d'une femme est poison foudroyant pour l'homme qui n'a pas pu l'approcher, seul devant l'inexprimable, seul comme s'il en était bien le seul averti, très tôt dans sa vie et jusqu'à sa fin. Qui sait si l'homme de toujours — pour l'avoir si mal traitée — si l'homme, de la même façon, est dans le regard de la femme ?


Le petit d'homme, le tout petit garçon, encore bébé, à qui a manqué la tendresse de la maman, est dans le risque toute sa vie de se leurrer sur lui-même.
Il lui faut laisser à elle, quand elle le porte, toute chance de pouvoir se rencontrer en lui, hors le temps, aussi dans l'intemporelle enfance - pour qu'ils puissent grandir; et pour lui qu'il puisse à son tour rencontrer une femme qui aura connu les mêmes choses de sa propre maman; et qui à son tour deviendra mère par amour de son enfant. L'enfant nouveau-né est dans le regard de la femme.

 
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /Avr /2008 19:37
Il y a affolement de la compréhension lorsqu’on parle d’immobilité. Surtout si l’on veut que ce soit bien, non pas théorie, mais la réalité ressentie. Et si c’est bel et bien de la vie qu’il est question, alors ... qu’on nous donne des exemples, des exemples, dit-on. Mais ce qui peut être dit de notre ici-bas quotidien va plutôt à la conscience rassurée du mouvemen(t.
Au fond nous voudrions que pour tout ce qui est de notre planète nous fassions exception. Il ne tient qu’à nous de voir l’immobile.
Celui qui veut voir l’immobilité peut se tenir campé sur ses deux pieds, lever la tête, porter son regard vers la seule profondeur du ciel, éclairée par une nuit d’étoiles. L’illusion nous vient cette fois des distances. En réalité nous savons que chacun de ces astres est propulsé, se propulse là-bas dans la profondeur. Un sentiment peut nous venir alors de la réalité ressentie, celui de l’esseulement. La solitude là-bas en effet d’une petite lumière, parmi les autres, vers laquelle notre regard voudrait plonger. Et cette solitude qui est la nôtre, parmi les autres. Ce qui pourtant d’une certaine façon nous est commun, et partagé.
Il n’y a que l’imagination qui puifsse être sollicitée pour approcher l’astre en mouvement, pour approcher le mouvement de l’astre. Et le même affolement surgit qui nous pousse à ne point rester sur cette image de l’astre, à refuser donc l’accompagnement, pour chercher ailleurs, plus loin , autour, que sais-je, le quitter en tout cas. Cette agitation est peut-être dans le refus de ce qui en effet n’est pas immobile, qui en quelque sorte exigerait pourtant que nous le soyons nous-mêmes. Un mouvement dans lequel nous pouvons nous tenir immobile, campé sur nos deux pieds, traduit une attitude d’immobilité relative bien réelle. L’immobilité relative du regard qui ne quitte pas l’astre en mouvement traduit quelque chose de bien réel, qui est de l’ordre de la permanence. La permanence de la propulsion, qui non seulement isole l’astre dans l’espace, mais dans laquelle encore se trouve l’astre isolé.Ç Ce n’est plus le mouvement mais la permanence, mais l’éternité du mouvement qui devient sensible. La propulsion dans l’immobile. La propulsion et l’espace immobile. 
L’illusion provoquée par les distances se trouverait traduire la vacuité de l’infini, le grand vide spatial, sans commencement ni fin : l’immobile éternité.
  *
  Fragmenter
Fragmenter est un mot qui peut me conduire à un autre mot, une autre clé, comme si j’avais devant moi autant de portes à ouvrir. En vérité elles sont en moi. J’aurais tort de me défaire de la clé, comme du trousseau, même si la porte ouverte ne se refermera pÅlus. Cette clé est peut-être de celles qui peuvent ouvrir plusieurs portes. Il existe aussi des portes qu’il ne faut pas vouloir ouvrir. Celles qui s’ouvrent, je le sais, sont celles que nous avons nous-mêmes fabriquées.
Le visible et l’indivisible. Jouer sur les mots est un peu gratuit, risqué. Il me semble que tout est là cependant : dans le visible et l’indivisible. Fragmenter l’univers ou l’environnement naturel le plus immédiat, fragmenter ce qui est visible — ou ce qui ne l’est pas, parcequ’inaccessible à nos sens — est ce que notre intelligence a trouvé de mieux pour prospecter et  comprendre du monde ce qui peut l’être. Cette aptitude a sa contrepartie : ce qui s’offre alors à notre compréhension n’est pas le monde mais sa représentation. Et quand il ne s’agit que de nous — puisque nous sommes aussi le monde — ni l’image ni le fragment ne sont le mouvement, la vie de not™re intelligence : ce qui fragmente ne peut pas être ce qui en résulte. L’aptitude à fragmenter étant le fait de notre intelligence, d’elle seule, nous ne serons jamais la chose fragmentée. Nous avons admis cela parce que c’est le bon sens. Un rein fait partie ( dans l’individu ). Il peut être << sorti >> de l’indivisible, sauver une autre personne, mais il ne sera jamais l’indivisible à lui tout seul. Une photo est une fragmentation, un sectionnement du multiple continu mouvement qui nous anime. Que l’on puisse fragmenter la matière, soit, mais le mouvement, ça non je ne le comprends pas : ce que me disent cette fois mes sens est en désaccord profond avec ce qui m’est proposé, qui reste totalement étranger au phénomène. Le photographe d’art ou de mode le sait bien, qui le plus souvent obtient de son modèle qu’il se fige ( pas sûr ) dans une expression ou dans un compromis esthétique qui ne parleront jamais tout à fait de la personne, peut-être moins encore de son intelligence.
Cette aptitude à fragmenter le visible ou l’invisible du monde nous est naturelle, elle est donc le fait de l’intelligence elle-même, elle ne peut en être dissociée. L’intelligence, 
elle, ne peut être associée, encore moins assimilée à la chose fragmentée. Et quand on voudrait que cette chose fragmentée cependant soit la personne, nous savons que ce n’est là qu’une représentation ou un fragment, non la personne. S’il nous est naturel de fragmenter ce que nous voyons, ce qui en résulte par contre ne se trouve pas dans la nature, pas en l’état. Voilà qui nous conduit à un autre aspect des choses du monde. Fragmenter est indissociable du besoin de faire quelque chose, se donner par exemple comme on l’a vu les moyens de mieux comprendre le monde. Fragmenter est indissociablement lié à l’Éutile. Cette aptitude est à l’origine de tout ce que nous savons faire, mais tout ce qui nous vient de notre savoir faire, notre aptitude elle-même, n’est pas non plus celui qui la possède. Il y a donc — et sans doute peut-on dire depuis le commencement et pour toujours — il y a donc toujours un espace, une distance entre ce que nous sommes et ce que nous faisons utilement. Vouloir remonter de la chose utile vers celui qui en est l’auteur nous laisse sans réponse. ( Paraît absurde. Si je veux savoir qui a inventé le tire-bouchon zig-zag...) Voilà la confusion, aussi pathétique soit-elle. ( Décourageant). Il y a le monde naturel avec lequel nous faisons corps — avec lequel nous devrions faire coeur, c’est bien notre état naturel, notre attitude naturelle, celle de la plus haute spiritualité — et il y a le << monde >> dit des hommes, qui lui n’est pas le monde, qui n’en est pas même un frÌagment, non plus une représentation, parce sorti tout entier de notre imagination, sans qu’il puisse répondre jamais et du monde naturel et de ce que nous sommes. Et pour cause. Faut-il se répéter : que peut être le monde des hommes par rapport au monde naturel ? S’il s’agit d’exploiter la matière du monde naturel, ce ne peut être que par fragmentation  (et quand bien même le fragment se trouverait-il à l’état naturel) ( Il existe de petis éclats de roche... pas très loin.), et s’il s’agit de s’insérer dans le mouvement du monde ( Quelle ambition!?)... le satellite par exemple, ce ne peut être qu’en tâchant d’imiter, de reproduire seulement la représentation que nous nous en faisons? Nous sommes là dans l’image de l’image, dans le virtuel au second degré en quelque sorte. Nous avons d’abord virtualisé le monde naturel avant que de produire par nous mêmes des objets. ( On finit par comprendre ...).
L’aptitude à fragmenter, on l’a dit, a sa contrepartie. La représentation, la chose fragmentée« qui nous vient de nous-mêmes, aussi bien quand il s’agit du monde naturel, requiert elle aussi toute notre attention. Au point que le regard qui devrait pouvoir se porter naturellement sur le visible ( c’est-à-dire prioritairement, sans effort et sans même avoir à y penser, toutes choses n’étant pas égales, chacune retrouvant sa place ) ce regard est en danger de s’effacer ( Pourquoi ?). Et l’aptitude à fragmenter nous met dans un danger encore plus grand ( Bigre !), celui de la confusion : de faire << comme si >>, en prenant le virtuel pour le naturel, en prenant ce qui existe pour ce qu’il est possible d’en faire. Un exemple ? Dire d’un arbre que c’est un châtaigner, c’est fragmenter le monde, puisque le monde végétal n’est pas dissociable du monde. (Plutôt saugrenu. Défense de mettre des étiquettes ?). Une telle opération mentale se justifie amplement, la question n’est pas là. La question est qu’en sa présence, et qu’il s’agit bien de voir cet arbr=e, point n’est besoin de faire appel à son nom. Et que de le faire peut nous mettre déjà dans une sorte de distraction sans objet, dans un état 
moindre de disponibilité quand en vérité la disponibilité doit être totale ( En quoi suis-je freiné? indisponible ?). Le monde naturel est indivisible ( Il faut croire que si!). J’ai pu me rendre compte que lorsqu’on est dans la fréquentation assidue d’un paysage arbré, dans une sorte de “relation familière” et de proximité, alors le besoin de nommer les espèces laisse place à la vision d’un ensemble multiple et sans frontières. De même qu’ignorer tout de la végétation d’un pays que l’on découvre ne gâche rien. Quand il s’agit cependant pour nous de le fragmenter, parce que ce besoin est grandement justifié, alors déjà ce n’est plus le monde ( mais le <<monde>> des hommes). Nommer un arbre est bien le fait de l’intelligence. Cette opération n’a bien pour effet que d’intervenir sur nous-mêmes, sans même qu’il soit touché à l’arbre. Intervenir de cette façon ne devrait pas toucher non plus à l’intelligence, qui n’est pas seulement aptitude à se représenter ou exécuter concrètement une représentation ( ce qui  nous vaudrait dans ce cas de perdre le contact avec le réel au profit d’une autre dimension, virtuelle celle là, qu’il s’agisse de l’image mentale ou de sa concrétisation ). Intervenir de cette façon ne devrait donc pas même toucher l’intelligence, l’affecter par voie de conséquence. Le propre du virtuel étant dans ce cas de ne pas avoir d’effet sur la chose présente ne devrait point en avoir non plus sur nous-mêmes,⁄ ne devrait pas modifier notre état de conscience. Mais nous verrons plus loin que le miroir parfois est sans épaisseur. ( paraît gratuit en ce point). ( Recommence la querelle du nominalisme ?)
L’état naturel n’est pas un retour on ne sait trop à quel état primitif, ne consiste pas à se refuser au monde des hommes, à son évolution dans ce qu’elle a d’utile, ni même à s’en garder par une distance qui nous serait naturelle, mais plutôt par la simple différence qui nous en sépare. Nous sommes étrangers ( Absolument gratuit. Dites cela à un psychologue, voire à un biologiste.), en tout cas autres dans ce monde que nous avons construit. Dans ce monde là seulement.
Et de quoi serait fait le monde des hommes ? De la seule dimension virtuelle, dont nous portons la pleine responsabilité puisqu’elle nous vient de notre  intelligence, mais de cette seule dimension en effet qui ne retient de l’intelligence, et cette fois exclusivement, que l’aptitude à fragmenter. Il est simple ‚de montrer que cette aptitude consiste bien à virtualiser ( On disait “abstraire”), même ce qui originellement peut se trouver à l’état naturel. Retrouvons l’homme de l’intemporelle école buissonnière, le cher Brassens. <<Je n’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre>>. Retrouvons avec lui le pays des arbres. Imaginons cette personne qui marche le long d’un cours d’eau, peu large mais sufisamment pour tant qu’on ne puisse le franchir d’un bond. Et soudain la vue de cet arbre, un arbre tombé là, accidentellement couché par le travers du courant, le tronc reposant sur les deux rives. Est-ce là déjà un pont naturel, ou est-ce << encore >> un arbre ? Où est le passage, si l’on peut dire ? ( Mais si je cogne avec une clé à molette, est-ce que celle-ci est devenue virtuellement un marteau ? Quand je saisis “ce qui me tombe sous la main”, est-ce que je le “virtualise”?). C’est assurément d’abord un arbre, et cela devient virtuellement ( impropre) un pont.
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /Avr /2008 10:41

 

Les idées, hélas, ne sont pas faites pour occuper le présent, encore moins le masquer, mais pour se projeter dans le futur, le rendre prévisible. Le fait qu'une fois mises à exécution, elles puissent encore  alimenter les conversations, nous faire perdre le contact avec le présent, empêcher même qu'on s'y intéresse, nous impose ce qu'elles ont de réversible, de répétitif, qui est ni plus ni moins que l'irruption d'un passé virtuel, lui-même virtuellement réactivé.  C'est tout sauf la vie. Et pourtant une bonne idée au service d'une bonne intention peut sauver une vie.

 

Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /Avr /2008 10:31
 La conscience morale nous vient clairement de la conscience que l’intelligence elle-même est un phénomène 
réel et naturel. Dès lors nous savons qu’elle n’est pas fragmentable, que toute tentative en ce sens ( pour la nommer entre autre) conduit à une dimension virtuelle, une dimension de la personne qui dans` la réalité n’existe pas.
La question fameuse : << qui suis-je? >> — aura fait long feu, pas nécessairement dans le sens souhaité par son auteur ( anonyme dit-on, qui  devient le plus plaisant, comme un rajout de mystère encore, bien fait pour augmenter le trouble) ...( D’où sortez-vous cette construction? Il me semble l’avoir entendue récemment dans la bouche  d’un Méridional. C’est du XVIIe siècle). S’agit-il de vouloir de l’autre une réponse, en sachant pour soi-même qu’elle n’existe pas? Cette attitude est exactement celle << de qui fait le malin >>. Continuer de jeter le trouble n’est pas jouer à faire de l’esprit, là où beaucoup cherchent encore de la façon la plus pathétique.
(A propos d’anonymat, beaucoup rêvent de le perdre; ceux qui l’ont perdu quelquefois disent rêver pouvoir le retrouver). 
La conscience tournée vers le réel est la maπnifestation première de l’intelligence avant que d’être une conscience morale. ( Enfoncer une porte ouverte...).
Si par l’aptitude à fragmenter, la transgression permet en quelque sorte de franchir  une barrière naturelle, la barrière du naturel, nous avons conscience en permanence de ne jamais pouvoir la franchir réellement mais de réaliser seulement l’opération mentale qui consiste à virtualiser la réalité. Il n’est pas question de se trouver ainsi soi-même de l’autre côté de la barrière, dans la confusion, en prenant la personne humaine pour l’image qui en est donnée.
C’est à la fois simple et subtil. C’est l’effort de rigueur qui sans doute coûte le plus. Est-ce si difficile ? Où est
la transgression ? Dans la fragmentation, nous ne cessons de le dire. (Oh oui !) En quoi y a-t-il fragmentation ? Dans le fait d’isoler un phénomène indivisible pour pouvoir le nommer, dans le fait  de rompre aussi très réellement ( la chose étant possible dans la matière). Fragmenter consiste toujours à ajouter au réel quelque chose qui n’est pas le réel ( le fragment n’est pas le tout), à ajouter au naturel quelque chose qui n’est pas naturel ( on dit alors qu’il s’agit d’un artifice) à ajouter à la personne quelque chose qui n’est pas la personne. Le champ du virtuel est vaste. L’impression même, on l’a dit, est qu’il ne reste rien du naturel. Or c’est une erreur de le croire, ce serait une horreur. La personne qui n’est pas nommable peut constamment être approchée⁄. Elle est là, derrière l’artifice, derrière le mot inventé, qui voudrait la désigner, derrière le geste, aussi sophistiqué soit-il.
Cette réflexion nous conduit également au point le plus subtil, le plus délicat peut-être, qui est celui de notre évolution. Nous avons dit qu’il existe des gestes naturels, que simplement il aura fallu nommer, mais qu’il existe encore et surtout les gestes virtuels ( gestes culturels de la communication) qui ont bel et bien une réalité mais qui cependant s’ajoutent au naturel. Là seulement est l’évolution.  Le naturel est immuable. L’intelligence est immuable. De sorte que l’évolution y compris physique 
de la personne, qui nous vient aussi de la gestuelle culturelle, cette évolution est incontestable. Cette gestuelle est diverse, l’évolution différente d’un lieu à un autre de la planète. Et la dimension esthétique très relative, sinon ambigüe. Là encore, selon moi, le naturel est la référence. Quand le culturel s’en éloigne, ne Êprend plus en compte la vérité du naturel, son délié, son élégance, son intelligence, alors apparaissent tous les signes qui sont ceux de la fragmentation. Dans le regard, dans le sourire, dans la parole, dans le rythme, dans le maintien. La pensée étant elle-même image, et son mouvement étant lui-même mécanique, répétitif, heurté, toute la gestuelle expressive en devient mécanique, tout de la personne n’est plus qu’image.  
Le mouvement s’appartient en cela qu’il est libre, en cela que nous le sommes également dans une telle appartenance. (Effarant d’obscurité) L’intelligence est mouvement. La manifestation première de l’intelligence, l’acte premier de la conscience est d’investir ( et de réinvestir) le mouvant et l’émouvant de ce que nous sommes. << Faire table rase >>, << lâcher prise >> sont autant d’affirmations qui vont dans ce sens.
Ce qui est dit premier ici ne doit pas se traduire par l’idée de commencement, l’image d’un point de départ, mais seulement par la notion de nÊaissance.
Le texte suivant est au plus près de cette question :
<< Pour reprendre la question de l’aspect infini de la conscience, continuité sans début ni fin, prenons maintenant l’hypothèse opposée et posons qu’il existe quelque part un commencement. C’est alors que surgit une immense question: comment ce tout premier instant de la conscience peut-il venir au jour ? Comment peut-il naître et d’où peut-il provenir? Nous sommes alors confrontés à maintes contradictions logiques et à de nombreuses contradictions. Celui qui adhère à l’hypothèse d’un point de départ doit accepter soit que ce premier instant ne surgisse d’aucune cause, soit qu’il existe un créateur. >> (2) ( L’honneteté est de citer ses sources )
Comment peut naître, non pas le premier instant de la conscience, mais la conscience, et d’où peut-elle provenir ? La << naissance >> au sein de la matrice ( avant même l’enfantement ), le “lieu” lui-même participent du phénomène. Reprendre conscience ce n’est pas reprendre le mouvement là où nous l’avons laissé , mais adhérer à ce que nous n’aurions pas dû quitter. Vouloir que cela se soit produit une première fois est dans la formulation déjà une exigence de réponse (impossible) qui surgit du besoin de comprendre et de fragmenter ce qui ne peut l’être : le mouvement lui-même, dans lequel nous sommes, indivisible. Ce mouvement, c’est une certitude, nous précède. Que naisse d’un mouvement un autre mouvement ne devrait pas nous heurter. D’une énergie une énergie. D’un mouvement intelligent une intelligence, il n’y a pas de réponse plus simple ( sophisme ), pour un acte (de la conscience) qui consiste à voir. Les animaux ne sont pas loin d’avoir reçu quelque chose de semblable en partage. Le fait de voir a aussi quelque chose de la conscience, en eux, ne serait-ce que celle du danger. Que le mouvement universel ait aussi pour lui d’avoir donné naissance à la 
( 2) Hélas, je ne sais plus le nom de l’auteur.
fragmentationF naturelle ( dans le moment de la fécondation) ne nous heurte point. Que notre intelligence soit d’abord mouvement infini ( gratuit), puis encore aptitude à fragmenter le monde extérieur est pour moi ce qu’il y a de plus naturel, mais mieux qu’au sens d’une réponse ( c’est un peu froid et inerte une réponse), plutôt un écho, une résonnance quant à l’origine et la permanence du phénomène de pro-création.
  *
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /Avr /2008 10:47

J'ai trouvé que c'était une bonne idée. Elle peut paraître un peu absurde, sûrement gratuite, aussi ça ne coûte rien d'essayer. C'est la première fois que cette idée me vient, je n'y avais jamais pensé, et s'il se trouve que je suis le premier à y avoir pensé,  je suis peut-être devant quelque chose de nouveau, une idée toute neuve. Mais je ne peux pas en dire grand-chose que je sache déjà, comme devant tout ce qui est nouveau. 

Cela m'a conduit à me rendre dans une grande surface, qui est bien le seul endroit où il est  possible encore ( j'ai eu cette chance ) de dénicher un pot en terre cuite; mais aussi le sac de terre crue qui convient,  un terreau introuvable ici, dans la grande ville où je vis,  un trésor ramené à grands frais de contrées dont je n'ai aucune idée, si ce n'est paraît-il, qu'il n'y vivrait plus grand monde, ce qui ne veut rien dire, car le monde est vaste — et le bruit court qu'il pourrait bien se passer de nous. Enfin, comprenez que là où se trouve le terreau, on voit peu de monde. Je ne voudrais pas insister, mais s'agissant du monde, c'est absurde évidemment . Et de là à penser que ce sont gens de peu est une idée qui pourrait bien faire son chemin.

Mais revenons plutôt à mon idée.  Ce qui me trouble c'est que l' idée même qu'elle puisse germer dans un pot en terre cuite  me fait douter  de son originalité, tant il est vrai que ce genre de pot,  menacé  de disparaître,  déjà remplacé, nous vient d'une idée fort ancienne, pour ainsi dire parmi les premières. Du tout neuf dans de l'ancien, ce serait le monde à l'envers !  Mais voilà, j'ai en horreur tout ce qui est en plastique.  Et puis  j'ai pour moi de vivre un peu plus près du ciel, au quarante septième étage d'un bel immeuble de verre, flambant neuf mais si j'ose dire, plus encore en période de canicule. C'est un atout. Même sans balcon. Je me suis concentré sur mon sujet. J'ai fait pour le mieux. Et maintenant j'attends que ça pousse.


Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /Avr /2008 15:40
Sur la voie expresse, un panonceau en forme de flè- che, une invitation à changer de monde, au bout d’une longue ligne droite: la Chapelle Saint-Germain. Quitter la circulation intense, s’abandonner aux méandres d’une petite route désertée, au cours sinueux, pareil à celui d’un ruisseau, goûter un calme si soudain: ce n’était pas la première fois qu’il agissait de cette façon. Se laisser conduire, retrouver de loin en loin la même petite flèche, intelligemment placée. La chapelle, à tout moment, pouvait apparaître. Et pour ce qu’il éprouvait, il verrait plus tard. Il n’y avait pas de mot pour arrêter cette chose en mouvement, qui devait courir, se perdre dans la campagne.Plus tard , il parlerait d’un moment de bonheur, quelque chose comme cela, qui ramasserait le tout. Qu’allait-il découvrir ? Une petite merveille, ou quelque chose de décevant qui pouvait le laisser dans ce sentiment si particulier , quand, après avoir ralenti, puis dépassé le lieu, il roulait quelques instants. Avant de rebrousser chemin. Rouler sans but sur une route de campagne. Sans but aucun, voilà ce qu’il ne s’était jamais offert. Il pouvait s’écouler des années entre chacune de ses escapades - souvent pour le conduire à un petit chef-d’oeuvre, lui faire vivre ce qui aurait pu être, lui semblait-il, une vraie passion. Le hameau en bordure de route lui était apparu, aussi soudainement qu’il voyait sur sa gauche le clocher. La chapelle demeurait invisible. Entre la route et le rideau des arbres, un grand dégagement, aménagé en vain. Une vigoureuse végétation, déjà, tenait l’endroit. Il s’était garé plus loin, revenait sur ses pas. Cette idée de parking, aussi... comme une blessure ! La force du lieu était ailleurs, dans cette sorte d’oubli où les hommes l’avaient plongé. Mais ce qu’il voyait cette fois le retenait encore : on avait sablé l’étroit sentier qui , sans doute, conduisait à la chapelle. C’était un beau chemin de terre battue, avec cette étrangeté, cette blondeur répandue du sable de mer. Il y était engagé. La masse des grands arbres - ceux-là qui se joignaient au dessus de lui - déjà lui donnait plus que du bien-être. Et cette chapelle qui s’offrait - d’abord comme un pan de muraille- le portait à faire un dernier pas : il pouvait l’embrasser toute et voir qu’elle était faite comme une imposante et longue maison , percée de deux magnifiques portes en façade, dont la plus belle, sur sa gauche, servait d’entrée. Sur sa gauche encore, pointait là-haut la perspective écrasée du clocher. Sa base lui était cachée. Quelque cho- se s’était produit , au front de l’édifice, qu’il ne comprenait pas : une sorte d’éboulis figé, colmaté - derrière lequel le clocher était ancré -montrait l’appareillage des pierres à nu dans l’épaisseur de la construction, un escalier chaotique qui ne conduisait nulle part. Comme si quelque chose, dans ce superbe édifice, n’avait pas abouti. Cette façade cependant suffisait à son bonheur. Il s’en était approché. Son oeil suivait la ligne nue, pierre sur pierre, du jointoiement, si resserré qu’il bloquait chacune en un rectangle parfait, encastré dans l’ensemble. Il s’arrêtait, jaugeant 2 leurs proportions, caressant du regard l’inimitable robe du granit. Un cri joyeux, un cri d’enfant percutait l’espace, le remplissait. Pour s’être cru seul, la surprise était totale. La curiosité, dans le silence revenu, aussi le charme rompu,cette fascination qui tenait du corps à corps : se mouvant, il goûtait au bonheur retrouvé, du lieu tout entier. Ces grands arbres serrant de près le monument avaient pris la relève des hommes. C’en était fini des grandes assemblées. Il aurait fallu lever le nez bien haut pour engager dieu sait quelle conversation avec ceux-ci, tous vigoureux géants. Sans doute si peu enclins à s’émouvoir. Ce n’est pas un enfant mais trois, qui surgissaient, ou plutôt deux adolescents et la petite fille au cri joyeux. Qu’ils se soient trouvés de l’autre côté de la chapelle, sur l’arrière, lui donnait envie d’y aller voir. Mais ils demeuraient figés. Lui battait en retraite. Une idée folle. Il lui fallait courir à la voiture, revenir au plus vite. Il le savait, il avait oublié son appareil photographique à l’hôtel. Dans le coffre, qu’il ouvrait fébrilement, sa vieille caméra super huit. Ce serait encore bien plus délicat. Revenant sur ses pas, il s’efforçait de trouver son calme. Il lui restait trois mètres de film! C’était bien la peine de s’éparpiller ! Il n’y avait aucune chance pour qu’ils soient encore là. C’est lui cette fois qui créait la surprise. Ils avaient repris leurs jeux. Plus que de la surprise. L’expression du plus trapu des deux garçons ( le regard qu’il pointait sur la caméra) ne laissait rien espérer de simple. Tout - la caméra qu’il serrait - tout lui paraissait en suspens autour de lui. Farouche aussi sa détermination ( qu’il ne comprenait pas bien ). “ Je peux ? “ disait-il, interrogeant le plus grand des deux. Ce dernier lui rendait son regard. Il ne pouvait y lire de réponse. Il se passait quelque chose de plus important - il n’y avait ni sourire ni gravité sur le visage du jeune homme. Simplement, il le regardait. Lui se sentait regardé comme jamais. Il n’avait pas connu quelque chose d’aussi fort. Personne, jamais, n’avait su lui montrer autant d’intérêt. Ce regard, oui, le rendait totalement à lui-même. Il était impossible de s’y soustraire, et c’était là, il le sentait, tout le feu de sa propre détermination. Il fallait absolument fixer par l’image cette chose qu’il n’arrivait pas à saisir. Le jeune homme maintenant regardait son compagnon. Lui aussi en était comme éclairé et semblait écouter. - Faut pas ! disait-il rudement, si rudement que cela ressemblait à une sorte d’écho, quelque chose dont il se faisait le porte-parole. Seule la petite fille semblait échapper à tout cela. Elle s’était rapprochée du plus grand. Se tenant tout contre lui, elle n’avait pas tardé à lui prendre la main. Elle répétait doucement “ Yoa ! Yoa ! “. Ce n’était pas de l’impatience. Simplement cette petite main qu’il voyait, retenant la grande, lui paraissait comme un extraordinaire appel, auquel le jeune homme ne pouvait résister. La petite l’entraînait. Et tout aussitôt, ils s’étaient trouvés dans un bel équilibre, chacun retenant le bras tendu de l’autre. Elle l’entraînait dans une ronde, le corps un peu renversé, reculant, arc-boutée sur ses deux petites jambes avant que son grand compagnon ne lui ait imprimé cet élan dont il demeurait le pivot. Rien ne devait plus compter pour ces deux-là. Il aurait juré qu’on l’avait oublié. Il y avait cet autre garçon, mais lui aussi s’éloignait. En un court volte-face, prenant appui sur un muret avant de s’y asseoir, tourné maintenant vers lui, il le regardait. Son expression était la même. “Faut pas”,avait-il affirmé. Il semblait attendre. Peut-être espérait-il tout simplement 3 qu’il s’en irait. Ce n’était plus possible. L’oeil collé au viseur, il voyait qu’il ne fallait pas renoncer, que ce serait trop tard. C’était si peu de chose qu’il voulait prendre, avec si peu de film ! Il se contenterait de cette petite scène, quelques images. Il y avait de la magie dans le lent tournoiement qui liait l’enfant à celui-là dont il voulait capter l’expression, si heureuse, si absorbée à la fois. Il lui était douloureux de voir combien ils lui échappaient. Malgré cette courte distance qui les séparait. Malgré tant de lenteur. Seul le bruit de la caméra était là, proche de son oreille, comme une vigilante réalité. Tant de lenteur, de lenteur vraiment. Il éprouvait un sentiment heureux et bizarre à les voir tournoyer. Ils tournoyaient, tournoyaient. Fallait-il même suivre si longuement quelque chose qui allait en se répétant, ou plutôt continûment, en s’isolant, oui, de plus en plus fort. Il s’en arrachait, filmant le décor alentour ! tout, n’importe quoi ! ne s’arrêtant sur rien. Rien non plus, dans l’enroulement de la caméra, n’annonçait l’arrêt. Il s’était trompé. Pis encore, elle ne fonctionnait plus correctement ! Il paniquait à cette idée. Comme s’il était dit, dès le début, qu’il ne devait pas forcer les événements. Il appuyait rageusement sur la gâchette avec le sentiment de faire quelque chose d’inutile. Le déclic caractéristique de l’appareil, tournant à vide, était venu le délivrer. Délivré, il l’était encore, de les voir s’éloigner. Pourtant ne lui avaient-ils pas vraiment tournés le dos. Avant qu’ils le fassent, il s’était trouvé embarrassé devant le feu de trois regards malicieux, qui semblaient lui dire: “ Allez va ! ne sois pas embêté, nous savons qui tu es”. Il en était resté fortement troublé , ou contrarié. C’était bien qu’il soit à nouveau seul. Autant qu’il pouvait le souhaiter. Retrouver le cours des choses, renouer avec le lieu, avec ce tronc énorme, là, devant lui, lisse sans doute, mais rêche et tendre à la fois. C’était un hêtre. Il venait de se le dire que c’était un hêtre, il en avait eu conscience aussitôt. Que venait faire ce nom, entre l’arbre et lui ? Ca ne pouvait servir qu’à mes sem- blables - à communiquer entre eux. Entre lui et l’arbre, le langage des hommes était de trop. Il l’aimait. Et pour son impertinence. Rarement pareil arbre avait approché d’aussi près une chapelle. Dressé à l’angle du pignon, frôlant la haute verrière du choeur, il le sentait animé d’une toute autre force qu’elle, pour l’avoir dépassée si tôt sans doute qu’il lui voyait maintenant la tête dans le ciel. Il aimait les arbres - qui le lui rendaient bien - plus fort depuis qu’il avait vu, enfant, “comment c’était fait à l’intérieur”. Un bel arbre comme celui-ci - mais étendu de tout son long - que des hommes avaient sectionné à sa base. Quelqu’un lui touchait le coeur; appuyant l’index, remontant vers l’écorce, il ânonnait une suite de chiffres comme lui n’aurait pas su le faire. Il entendait parler de l’âge d’un arbre ! C’est là ce qu’il entendait aussi dix fois l’an, à propos de tout et de rien. Quel âge as-tu ? Tu es grand pour ton âge ! Il s’était approché, il voyait un beau dessin, comme autant de peaux ajoutées pour se protéger mieux du froid chaque hiver. Et voilà que quelqu’un lui montrait encore le coeur, ce rond minuscule, comptait trois anneaux, bouclant d’un doigt le troisième. “ Cà, c’est toi ! “ disait-il en riant. Ainsi l’enfant était là, au coeur, pour toujours. Et s’il était fort de ses quatre ans, c’est qu’il les portait avec lui, partout, sans avoir laissé jusque là une heure, un jour de sa vie se perdre dans il ne savait quel tiroir aux souvenirs. Bien sûr, il avait compris cela par la suite. N’empêche,il s’était quelque peu brouillé déjà avec les grandes personnes qui se montraient si bruyantes, et si bornées ! Il s’était même juré qu’il 4 ferait comme cet arbre,lui aussi, toujours, jusqu’à ce qu’il soit très vieux. Il n’avait aucun besoin de se souvenir de son enfance. L’enfant en lui était là. N’était-ce pas de l’impertinence encore que d’avoir grandi au pied du muret d’enclos, que ses racines achevaient d’ébranler, un muret éventré ci et là, bien qu’il fut très bas, joliment appareillé d’un front de pierres plates. L’impression de ruines venait de quelques pierres effondrées, qui à l’origine couronnaient l’ouvrage avec la régularité d’une banquette sculptée. Ce mur enserrait un grand espace gazonné, dru et luisant, qu’il fallait fouler au pied non sans penser à la terre profonde qu’il recouvrait. Il y avait songé en arrivant, mais confusément, en voyant une ligne - toute droite - de grasses taupinières, courant en diagonale. Quelque chose l’avait choqué, même si les morts n’y étaient plus. Qu’il lui était difficile de quitter l’endroit - ce muret où le garçon, plus loin, s’était assis. Il lui restait pourtant à découvrir la face cachée de la chapelle, qu’il supposait orientée quelque part entre le Nord et l’Ouest. L’émerveillement l’y attendait, venue d’une somptueuse petite fontaine qu’il n’aurait pas imaginé là. Le muret n’existait pas ou n’existait plus de ce côté, seulement la profondeur d’un bois, dont on avait fait reculer le front à plusieurs reprises, d’une façon très irrégulière.Les premiers arbres étaient jeunes, la dernière coupe encore récente,le sol peuplé de moignons, de tiges sectionnées, parfois aiguës, émergeant d’un tapis de feuilles noircies. On respirait l’humidité. Elle verdissait sur le mur aveugle de la chapelle. En un lieu si avare de lumière, la fontaine semblait étrangement épargnée. C’était un ouvrage de pierre, taillée par un artiste qui avait laissé là de saisissantes figures, animaux monstrueux et figés. La niche du saint était vide. Et l’eau paraissait légère. Comme l’avait été le rire de la petite fille. Cette fois, il était sur le point de s’en aller. Et quittant le lieu, il retrouvait déjà l’allée sablonneuse, avec l’impression que quelque chose lui avait échappé. Il devait avoir le regard assez vague, comme celui qui ne sait pas ce qu’il cherche. Assez pour se laisser prendre à penser : “ mais ce sont des châtaigniers !”. Qu’avait-il encore besoin de les nommer ? Cependant oui, l’allée était bordée de châtaigners aux troncs énormes, plantés trop près les uns des autres, contrefaits, noueux comme les vieux arbres élagués des boulevards. Il était singulier d’avoir voulu là ces arbres de plein vent - Qu’on voyait jadis, hauts et solitaires, d’un village à l’autre. S’approchant , il découvrait ce qu’ils semblaient cacher. Tous étaient marqués. Depuis le sommet sans doute. Cette longue traînée, si caractéristique, la foudre. Et voilà qu’il comprenait : c’était le lieu qui était marqué, le lieu tout entier. Ce n’était pas le clocher principal qu’il avait vu. Il devait dominer dans un ensemble monumental, à trois flèches, que la foudre avait frappé. *
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /Avr /2008 11:14
Il faut marquer une petite pause, laissez là notre image Je suis étonné d’entendre parler de la continuité de la conscience ( par qui?), sans qu’il soit ajouté que cette conscience est celle d’abord de la continuité. Avoir conscience d’une illusion peut conduire à la réalité ; avoir conscience du réel conduit à voir, à ressentir ce qu’il est : toute réalité est mouvement, et le mouvement quel qu’il soit n’existe que dans la continuité. (Soyez concret). Si le temps est mouvement, il n’est pas divisible ( enfoncer porte ouverte ...), il ne peut avoir qu’une dimension, le présent, la continuité du présent qu’il s’agit d’accompagner. Aucune rupture du présent, comme tel, n’est envisageable. Voilà un aspect de l’éternité qui n’intègre ni l’espace, ni le passé ni le futur ( Intenable!), mais seulement l’avancée, la progression du présent, son ouverture sur le futur. Le ressenti de la continuité du présent, le fait de la ressentir soi-même dans sa propre présence peuvent avoir pour effet un autre ressenti : celui d’une forme d’immobilité. (galimatias) Une immobilité fragile, relative comme celle du surfeur qui cherche son équilibre au sommet de la vague. C’est l’immobilité cependant d’un accompagnement. Cette immobilité relative de l’équilibre mental concerne tous les mouvements, ne montre pas l’existence d’un temps en mouvement mais le présent toujours. L’effacement, cette sorte de << mis à l’écart >> de l’état conscient, de son ressenti, survient avec l’activité mentale ( l’opération, quand ce n’est pas l’agitation) qui rompt virtuellement avec la continuité pour ne retenir que la séquence. Il est vrai que cette attitude d’immobilité mentale est paradoxale qui permet le ressenti du mouvement. Pour la comprendre il faut admettre pour soi-même que cet accompagnement est effectif, que c’est bien le corps qui participe d’un tel accompagnement. Qui accompagne quoi donc? Mais le mouvement du monde, celui de la planète...(Drôle de saut !). Nous voici devant une autre difficulté, une réalité cette fois extravagante. Notre corps est solidaire du mouvement de la planète, j’ajouterais quoi que nous fassions. Quelle que soit notre position sur la planète, cette position est en effet dans le mouvement de la planète et l’accompagne. L’extravagant est que nous pouvons changer de position ( dans tous les sens du terme), sur tous les rythmes, cela n’y change rien. Seul le déplacement de la planète indique l’avancée du présent, et seule cette avancée marque notre propre accompagnement. C’est dire que de rester planter là, prendre racine comme l’arbre, ou se déjanter tous azimuts, n’y change rien. ( Passe. C’est l’illustration de la relativité. Se lit.) Je suis étonné lorsque quelqu’un dit : << Il est possible de diviser le temps... si l’on affine cette division, on s’aperçoit qu’il ne reste presque rien que l’on puisse appeler présent. Car entre le passé et le futur se situe une ligne d’une extême finesse, quelque chose qui ne peut être appréhendé par l’analyse, comme le fil du rasoir et qui est le présent >>. (1) Etrange vision du monde qui voudrait que l’instant soit une chose aussi aiguisée, prise (1) Dalaï Lama # entre ceci et cela. L’instant est à l’avancée la plus harmonieuse, la plus heureuse du présent indivisible, à l’avancée de tous les mouvements manifestes, celui de la planète elle-même, le propre de l’indivisible étant d’être à la fois l’infiniment petit et l’infiniment grand. Le présent de la planète perdure depuis son origine, sa naissance dirions-nous plutôt, si l’on évoque la fabuleuse fragmentation dont elle est issue. Un tel mouvement qui tend vers l’infiniment grand aura porté tous les mouvements qui lui ont été solidaires, depuis leur naissance jusqu’à leur disparition, porte encore ceux qui n’ont pas disparus, porte d’autant moins chaque mouvement que celui-ci tend vers l’infiniment petit. Si l’instant est à l’avancée, l’avancée, elle, demeure indivisible. ( et alors?) A propos de cette avancée qui ne << bute >> nullement contre un futur préexistant ( intéressant), retrouvons notre marcheur imaginaire. Tandis qu’il progresse vers l’arbre, que pour l’instant leur rencontre se << situe >> dans le futur, l’arbre et le marcheur progressent ensemble vers le même instant. Il peut manquer à notre image, plutôt qu’à celle du marcheur semble-t-il, un élément important. L’appréciation de la distance qui sépare les deux arbres. Nous verrons que c’est une impasse. Il n’est pas demandé au marcheur de compter ses pas, qui ne servirait à rien de toute façon. ( Bizarre usage de “qui” pour “ce qui” - comme calqué sur le latin “quod”. Peu probable!). Cependant l’occasion nous est fournie de proposer un intervalle modeste, qui cette fois sépare le second arbre d’un troisième. La distance à parcourir est de trente pas. Trente pas au sol, on l’a vu, ne font jamais que trente fois une dimension virtuelle. Le mètre, aussi divisible qu’on puisse l’imaginer, ne pourra faire mieux que de proposer lui aussi une dimension virtuelle. Cependant l’étendue existe bel et bien, l’image est objective, elle rend compte de la réalité de l’intervalle. Mais tout ce qui implique l’espace en le quantifiant ne peut avoir qu’une valeur virtuelle. Voilà qui nous éloigne encore d’une dimension temporelle dont la seule << trace >> nous viendrait de l’opération mentale. Le réel étant virtualisable, tout ce qui est virtualisable est-il réel ? Voilà qui devrait nous troubler. Même dans la dimension virtuelle de la fiction, de l’imaginaire, il semble que raisonner peut aussi bien nous faire perdre de vue notre marcheur. Or c’est lui qui progresse. L’infiniment petit et l’infiniment grand de sa propre marche, comme de tout autre mouvement, ne se mesure pas en terme d’espace parcouru.Tous les mouvements relatifs qui lui sont propres n’ont d’autre lieu que sa propre personne. Personne ne s’aviserait de vouloir reconstituer le parcours de quelqu’un, l’espace effectif parcouru sa vie durant ( proposition saugrenue). Comme l’absolue continuité de présence pour chacun, la vie durant, pour notre personnage fictif, est vraie de la naissance à la mort. Le fait de marcher ou non n’y change rien. S’il est présent dans l’absolue continuité d’un mouvement que nous n’avons jamais quitté, c’est sans perdre de vue non plus que les deux arbres l’accompagnent dans ce même présent. # A propos de ce que l’on peut ressentir d’une étendue, de son appréciation, d’une stupéfiante précision quand on y songe, ici trente pas pourraient évoquer le geste du pointeur, au jeu de boules, qui ne rate pas le point. L’appréciation cette fois est de quel ordre ? Elle se situe dans la dimension virtuelle ou réelle? Cette précision est de quelle nature? L’instrument est-il sensori-moteur exclusivement? ( C’est une réalité oui ou non ?). Avant de quitter notre personnage fictif, où virtualiser le pas du marcheur n’enlève rien au fait que la marche est d’abord un acte ( devenu ) naturel, il serait plaisant que chacun veuille bien se mettre en scène, en situation de le rejoindre pour cette fois le regarder s’éloigner. Qu’il puisse alors faire un geste amical d’au revoir, comme chacun l’entendra. Le geste que chacun retiendra sera celui de la séquence( et donc de la transgression, d’une intention, comme on voudra), celui d’une dimension virtuelle en tout cas essentiellement culturelle. * # On fait comme si ... Si je veux comprendre ma propre intelligence, dire ce qu’elle est, tenter de la définir, je me trouve à la source, à la naissance du conflit. Je préfère je ne sais trop pourquoi choisir le mot source, peut-être parcequ’il est moins chargé de malentendu. Dire que ce qui est vrai à la source l’est encore aujourd’hui, ne pousse pas non plus à vouloir situer la question dans le temps, à prendre le risque de m’y fixer moi-même. La source n’est pas tarie. Le conflit existe. Voilà l’important. Ce qui peut être dit de l’intelligence peut heurter chacun, doit risquer de se heurter à chacun. Cela ne doit pas nous arrêter. On peut dire de l’intelligence qu’elle est active. On a vu qu’elle permet d’aller jusqu’à la perception du mouvement de la vie, de sa continuité absolue, indivisible. (Je vois). A cela on peut alors associer ce que l’on ressent. C’est une façon vivante de sentir la vie, autour de soi comme en soi. Nous nous trouvons comme en situation de spectateur, d’abord simplement, et qui veut ensuite se tourner vers lui-même. L’intelligence alors permet une autre perception quand il devient clair que ce mouvement est en nous, que nous sommes dans ce mouvement , qu’ainsi donc nous sommes ce mouvement. ( De là à dériver sur la Planète ...). Se laisser porter ainsi, dans l’accompagnement d’une absolue continuité de mouvement, sans heurt, est proche de la sensation physique du voyageur qui n’aurait pas à se mouvoir, en aucune autre façon. Elle est proche de l’immobilité, proche en tout cas d’un esprit en repos, de qui se laisse porter par une barque au fil d’une eau calme. ( Le Lac de Bienne. Citez Rousseau!). L’intelligence est active, et ces deux perceptions conjuguées que nous lui devons, de mouvement et d’accompagnement, sont peut-être les perceptions les plus fines qui permettent de la définir. L’intelligence est mouvement. Mais voilà le plus difficile : tous les mots que l’on voudrait pouvoir associer à celui de mouvement peuvent être également source de malentendu. Une source, plus précisément le mouvement silencieux d’une eau limpide, est une image parlante. Mouvement silencieux parce que le mouvement n’est pas matière ( alors qu’ils sont indissociables ). Et de l’eau nous dirons pour le moins qu’elle est limpide. Or l’eau de l’intelligence, elle, n’est pas toujours limpide, elle peut charrier la << matière >> des mots, des pensées. Son activité devient cognitive. La cognition est l’aptitude à fragmenter le monde pour en tirer des informations. Cette aptitude n’est pas l’intelligence elle-même, c’est l’artifice de l’intelligence qui veut comprendre, qui transgresse la loi naturelle et se forge un outil. L’outil n’est pas # l’intelligence, l’aptitude à s’en servir ne l’est pas davantage. Là se se situe le conflit. Car pour comprendre il nous faut l’outil, et nous prenons l’outil pour intelligent. Or c’est l’intelligence qui contrôle l’aptitude, qui maîtrise et gouverne l’outil. Et qui du reste n’en a pas besoin lorsqu’il s’agit de communiquer avec le réel, autrement que par la pensée, indépendamment donc de la pensée, de son contenu, du langage que cela suppose, le mot ou le geste, l’expression corporelle ( la dimension culturelle doit-on dire). Est-ce là une énormité ? La loi naturelle est l’absolue continuité du mouvement, le fait qu’il soit indivisible. Nous avons dit qu’il y aura conflit, parce que l’aptitude à comprendre refuse de comprendre ce qu’elle n’est pas elle-même, refuse de céder la place. L’aptitude à comprendre par fragmentation se prend pour l’intelligence, ou plutôt est ainsi faite que nous risquons de la prendre pour l’intelligence elle-même, ce qui motive alors le refus. Or si nous sommes capables de penser intelligemment, de dire des mots intelligents, les mots eux-mêmes ne sont pas l’intelligence, la pensée ne l’est pas davantage. C’est sans doute là où nous touchons à la souffrance de Kafka, quand il nous dit qu’il préfère l’écriture à la vie. Certes non! Il n’est pas assuré non plus qu’il se mente à lui-même, puisque l’écriture est la façon pour lui de retrouver la vie, qui n’est pas celle que les hommes mènent ( le dit la chanson ). << C’est ainsi que les hommes vivent >> , dit encore l’homme qui se veut poète. L’homme capable de voir la confusion seulement dans ses effets est capable des plus grandes confusions. Qu’avons-nous voulu dire en affirmant que l’aptitude à comprendre par fragmentation est ainsi faite que nous risquons de la prendre pour l’intelligence? Elle est ainsi faite que c’est l’aptitude en effet à réfléchir, et la tradition voudrait qu’elle soit l’intelligence. Or réfléchir sur l’intelligence c’est prendre le risque de vouloir à son tour la fragmenter. Fragmenter son intelligence, se fragmenter soi-même est sans doute l’attitude schizophrénique elle-même. Dans ses effets encore, cette aptitude conduit à faire que le monde naturel soit quasiment dépassé, comme occulté, effacé par la dimension virtuelle, soit virtuellement (l’effet ne va pas au delà de l’image mentale) soit concrètement (l’effet se traduit par des comportements divers quand l’objet, lui, demeure abstrait; par les interactions les mieux adaptées, quand elles le sont cette fois au << monde >> de l’objet matériel ). Ce << monde >> de l’utile est aussi source d’illusion. Il suffit de se référer au merveilleux langage des métiers d’antan, qui ne vaut plus que par sa rareté anachronique et toute jubilatoire. Un monde brouillé par la dimension virtuelle tend à l’être dans sa dimension culturelle. Le discernement est de voir en quoi il peut y avoir ambiguité et confusion.(épuisant) La transgression morale ne serait pas dans le fait de transgresser la loi naturelle — qui dit que tout dans le monde naturel est mouvement, que le mouvement est indivisible — mais dans le fait de fragmenter l’intelligence, la dimension silencieuse de la personne, la personne elle-même. Il n’y a pas lieu de le faire. La conscience morale nous vient clairement de la conscience que l’intelligence elle-même est un phénomène
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /Avr /2008 11:57
Le deuil de la mémoire Ce dont je me souviens, qui doit être vrai, m’apparaît si peu qu’aujourd’hui seul le vraisemblable peut animer ce que ma mémoire ne sait plus bien. C’est son visage que j’ai vu. Je revenais d’un garage où j’avais laissé mon scooter. Elle était, accompagnée de deux autres jeunes filles, à la terrasse d’un Café, une terrasse qui mordait largement sur le trottoir. Elles étaient seules, protégées de la rue par une paroi de verre. Je me souviens de la dimension, de la transparence des lieux. Et du coin qu’elles occupaient, lumineusement éclairé par le soleil. Elle se tenait tournée vers l’intérieur. C’était un Café d’un effet tout nouveau, situé sur la partie de l’avenue que je connaissais le mieux, que je trouvais la plus animée, la plus proche aussi de la place. Je commençais à m’habituer au spectacle de ce gigantesque rond-point où je voyais les voitures s’élancer, un peu folles, aspirées par le vertigineux courant giratoire. Je restais, chaque fois que je m’attachais à suivre l’une d’elles, dans le même étonnement, la regardant disparaître obstinément. Elle se tenait tournée vers l’intérieur. De cela je suis sûr. Ce devait être un grand silence où rien ne pouvait arrêter le mouvement de la rue. L’urgent et l’intense étaient que je puisse la regarder. L’important fut sans doute qu’elle eût à me remarquer. J’ai le souvenir d’un lieu très éclairé, vaste. Assez pour que je puisse y choisir ma place. Cela m’importait tant que j’en ai gardé l’image, la seule, d’un trio de jeunes filles éclairant l’espace où elles se trouvaient, créant une intensité de vie qui réduisait à rien le champ des tables esseulées. Elle était cette fois le visage légèrement de profil ou, merveille, tourné dans ma direction selon le jeu de leur conversation. Je me suis arrêté pour son visage. Il en a été ainsi. C’était à vingt ans une quête, un réflexe qu’aucune distraction n’aurait su trahir. Le plus beau visage. Pur dans le dessin. Pur aussi de cela qui ne se dessine pas. Nous n’étions sans doute pas seuls, mais tout a commencé ainsi. Mes yeux se sont longuement assurés d’une réalité tant révélée. Bien sûr il en fut selon ce que j’étais. Son calme, l’attention qu’elle portait à ses deux amies, son regard qui semblait se poser, dans lequel elle semblait toute entière, cette façon qu’elle avait d’être, m’impressionnait, contrastant avec l’animation des deux autres jeunes filles, et dans le même temps me mettait en souffrance. Je ne crois pas qu’elle m’ait jamais regardé. C’était un après-midi au plus fort du printemps. Une fin d’après-midi. Je n’avais ni le goût ni la curiosité de découvrir Paris autrement qu’en toute liberté. # Beaucoup de lieux m’étaient familiers. Ils s’étaient imposés à moi par hasard. Et jusqu’à cet après-midi, seul le hasard pouvait à nouveau m’y conduire. Je ne sais plus où je vivais alors. J’ai le souvenir d’un appartement situé du côté de Picpus, et partagé, mais bien avant, comme dans une autre vie, par un camarade de circonstance, celle-là qui nous avait conduit six mois plus tôt, lui et moi mais aussi quelques neuf cents autres jeunes gens, à venir de nos provinces respectives affronter une sorte de stage professionnel, les prémices d’une carrière minable au sein d’une administration de la capitale. Je ne suis jamais retourné dans ce Café. Il n’existe plus. * La rue était humble et familière. Elle avait encore ses pavés. Elle venait de s’y engager et marchait devant moi. Ce moment est celui d’un imperméable tout simple, clair et doux à regarder. Et de fins talons hauts, très sages. Je pressai le pas pour rompre cette situation. Nous étions séparés par la chaussée. La rue devenait singulièrement amicale. Comme si elle eut été bordée d’un long mur gris et aveugle, chauffé par le premier soleil. Les mots dans ma tête se mettaient fébrilement en place, par bribes de phrase. Il fallait que je sois plaisant, drôle, imprévu, brillant, gentil. Tout s’est déroulé ainsi. Je me suis trouvé à son côté. Nous continuions de marcher du même pas. Je la voyais, vivant l’instant mieux que je ne savais le faire, puisqu’il me fallait parler comme il aurait fallu se battre. J’étais en train de naître. Il y avait dans sa présence une telle intensité ( aurons-nous jamais parlé de ce premier instant où je l’ai vue dans ce Café ?), une si rare qualité que les mots me semblaient résonner inutilement, avant de se perdre. # Je compris que nous étions dans sa rue, que déjà nous marchions vers sa maison. Il me fallait ne pas aller au delà. Je fis demi-tour, et tandis que je disparaissais, une guirlande de syllabes claquait au vent. Je répétais sans fin les mêmes mots, n’en trouvant point qui eussent été plus plaisants, plus drôles, plus imprévus, plus brillants et plus gentils. * Je brûlais tous mes moments de liberté pour la retrouver. Depuis quelques temps je vivais loin dans une chambre d’hôtel de la rue de Malte, que je quittais au matin pour n’y revenir que le soir. J’étais là dans une rue sans vie. J’y laissais mon scooter garé sur le trottoir, comme s’il se pouvait qu’il eut à se confondre bientôt avec la nuit. Je le retrouvais dans la fraîcheur du matin, où rien n’avait bougé, où rien ne bougerait jusqu’à mon retour. Cette rue de Malte était ainsi. Je ne pouvais ou ne devais, me semble-t-il, m’attarder sur des lieux aussi imprégnés d’un charme désuet, un peu morbide. Je me lançais la seconde d’après dans le tohu-bohu de la place de la République. Il me fallait un quart d’heure pour me rendre à mon travail, où je venais de vivre un accident fulgurant. Nous apprenions à travailler sur des machines. Une mèche de cheveux, que je portais assez longs, s’était prise à la broche d’une perceuse sur laquelle j’étais penché. Je n’avais eu que le temps de porter la main à mon front, tandis que je restais effrayé. On m’avait aussitôt rassuré. Le cuir chevelu était intact. Je pus enfin l’effleurer d’un doigt. Malgré l’intense et persistante sensation de brûlure qui m’avait valu l’image choc d’un flot de sang. Je découvrais l’importance de l’arrachement, sensiblement de la dimension d’une tonsure, mais sur le devant. J’étais affecté par ma nouvelle apparence, mais aussitôt libre, le scooter m’emportait. Il me manquait cruellement de savoir où elle habitait. Pour ne m’être pas non plus # retourné une seule fois en la quittant. Je me gardais d’aller au delà de l’endroit où je l’avais quittée - où la rue me serait devenue étrangère - d’où je découvrais qu’elle n’avait point de fin. Je ne voulais pas commettre la sottise de me faire remarquer par d’incessantes allées et venues, là où je venais de vivre un si grand moment. Je renonçais, avec le même espoir chaque fois de me porter au devant d’elle, quelque part aux abords de l’avenue. J’y retrouvais la même animation. Je ne pouvais rester longtemps ainsi, et contrôler la fougue avec laquelle je lançais, tête au vent, mon scooter ( sans doute n’ai-je jamais eu un regard pour le Café). Je connaissais maintenant tous les passages du quartier. Et tous, inlassablement, me conduisaient à la petite rue. Il m’était venu à l’esprit qu’une tache claire dans une chevelure noire pouvait, à distance, passer pour une singularité intéressante. Je m’en persuadais, pour avoir rencontré cette sorte d’anomalie où un épi décoloré pouvait ainsi trancher sur la masse des cheveux. Je me rendais intéressant, mais le second jour je me mis en quête d’un chapeau. * Ce fut un chapeau comme je n’en avais jamais vu, de couleur écrue, de bords plutôt étroits, relevés, assez rigides, un chapeau qui n’évoquait rien que je connaisse. Elle fut sans étonnement. Son regard était sans retenue. Elle avait le regard que l’on porte sur les êtres et les choses au premier instant. Elle était attentive (sans doute m’étais-je empressé de raconter mon malheur), tandis que je demeurais passionnément émerveillé de la voir une seconde fois. Je la voyais pour la seconde fois, et si j’ai pu évoquer ce jour-là ma situation (mais l’aurai-je fait ?) elle n’avait rien manifesté qui puisse ternir ce moment. Peut-être n’avais-je encore rien dit de précis. Mes cours se terminaient dans un mois. Je n’étais pas fier de mes résultats. J’étais en grande difficulté devant ce que je devais apprendre. Je voulais fuir la réalité, et la réalité me collait au train, comme dans les cauchemars où la fuite est un poignant et douloureux sur place. J’avais quand même été plutôt heureux pendant ces huit mois passés. J’avais eu les meilleurs copains, tous conscients de s’être fourvoyés - c’est bien ce qui nous avait rapprochés - et tous convaincus de ne pas en rester là, mais sans rien devoir avancer du mirifique dessein # qui nous attendait puisque nous vivions dans le présent ! Nous nous exaltions mutuellement de notre nouvelle vie, découvrant Paris - car il ne s’agissait que de cela -même si nous n’étions point de ces étudiants qui fréquentaient les grandes universités de la capitale. Nos quartiers étaient autrement modestes. Aucun n’aurait su, empruntant le Boulevard Saint-Michel ou passant devant la “petite” église de Saint-Germain-des-Prés, aucun d’entre nous n’aurait su s’y arrêter. Nous étions dans la plus innocente ignorance de tout ce qui ne nous était pas à nous arrivés. Ainsi l’avais-je retrouvée. Ainsi, comme je voulais tant l’espérer, l’avais-je devancée avant qu’elle ne s’engage dans la petite rue. Elle ne paraissait pas surprise, me disant bonjour avant que je ne me ressaisisse. Et tandis que j’étais très ému, elle avait voulu aussitôt se faire excuser. Elle me demandait de laisser là mon scooter, de la rejoindre plus loin, dans quelques instants, après qu’elle eut d’abord été chez elle. Ce fut notre premier tête à tête, en un lieu que j’ai pourtant oublié. Un moment dont je ne sais plus rien. Sans doute ne devions-nous ce splendide isolement qu’à nous-mêmes, et même si j’ai cette vague certitude en moi d’un lieu choisi, d’un frôlement de feuilles au dessus de nos têtes. Je ne saurais dire, au delà des paroles échangées, combien il devait être doux de l’écouter, de lui parler. Belle et tendre devait être sa voix, beau et calme tout son être. Belle et tendre était sa voix, beau et calme tout son être. Un chapeau (évoquant alors à mes yeux je ne sais quelle fumeuse séduction ) ne saurait en témoigner. Elle ne pouvait rester longtemps. Il fallait que nous nous quittions. Je ne sais si cela avait été dit. Rien, venant de moi, ne pouvait me ramener aux réalités qui appellent des explications. Tout était bien ainsi. A peine m’avait-elle laissé que j’étais cependant comme un homme ivre. Libre de tourner à gauche plutôt qu’à droite, marchant dans une sorte d’apesanteur vers un cinéma - que je voyais sur le boulevard - que je trouvai moche et désolé, où les affiches m’apparurent incroyablement niaises, parce que s’éloignant vers sa rue, elle s’était retournée elle aussi plusieurs fois. * J’ai fait la connaissance de ses deux amies. Le lendemain ou quelques jours plus tard. Sans doute, elles me voyaient pour la première fois, et découvraient l’une et l’autre mon existence. Entre cette journée et celle, pourtant si récente, où # toutes les trois elles m’étaient apparues dans le Café, il n’y avait de lien que pour moi seul Je crois que cette rencontre a eu lieu sur l’autre rive de l’avenue, très différente de celle du Café. En un point qui se trouvait plus éloigné de la place, avec de ce côté une perspective ombragée, un charme de province inconcevable aujourd’hui. Ma mémoire refuse d’aller au delà, comme si ce jour là je n’avais eu d’yeux que pour moi-même. Il y avait un Lycée plus loin, quelque part. J’allais à sa rencontre. C’était son itinéraire quotidien, qu’elle empruntait pour revenir vers la place, où chaque jour elle quittait là ses deux amies, gagnant aussitôt sur sa droite le boulevard ( celui du cinéma ) où débouchait plus loin la petite rue. Cette fois nous continuions, franchissant la place par son centre ( ce serait tout à fait impossible aujourd’hui ) pour descendre l’autre avenue, à l’opposé de celle que nous laissions. J’avais l’impression que l’espace, devenu tout autre, s’ouvrait devant moi, avec pour la première fois ce temps, tout autre également, où j’étais près d’elle. Pour la première fois aussi, je me trouvais accompagner des jeunes filles. De ma vie, je n’avais jamais fait cela. Je ne l’avais jamais vécu . Je respirais un air que je trouvais léger jusqu’à la griserie. J’étais dans la compagnie de jeunes filles. Ce qui m’arrivait aurait suffit à me distraire et me séduire. De ses deux amies, l’une, gracieuse, de physionomie enfantine, m’avait paru aussi rieuse qu’effacée. Rien ne pouvait me laisser croire que je venais troubler le plaisir de chacune, le plaisir que manifestement elles avaient à être ensemble. L’autre, la plus grande, corrigeait l’impression qu’elle pouvait donner d’un visage dépourvu d’attrait par une joyeuse vivacité de caractère, et des effets d’une coquetterie sans doute coûteuse - elle était assez richement vêtue - qui rehaussaient ce qu’il y avait en elle de svelte et de féminin. Son propos ne cessait d’être enjoué. Même et surtout lorsqu’elles évoquaient les turbulences qu’elles connaissaient à quelques semaines du bac. Leurs plaisanteries, qu’elles voulaient me faire partager, portaient sur des incidents de l’après-midi, révélant les traits d’un professeur dont j’imaginais la caricature. J’étais l’invité d’une fête. La beauté de celle à qui je le devais me criait au coeur. Comme une évidence que j’aurais reconnue insupportable aux yeux de ses deux amies. Et que je devais taire. J’étais dans un curieux sentiment, celui de quelqu’un qui voit ce que les autres n’auraient pas à connaître. En même temps troublé, sensible à quelque chose que je n’avais jamais rencontré, qui lui ressemblait, un équilibre simple, sans retour, qui aurait établi que rien ne soit retenu qu’elle puisse devoir à sa beauté. La curiosité qu’elle avait des autres seule semblait compter. Cela faisait jour en moi, confusément, comme un secret que je croyais ne pas pouvoir tenir. Ses deux amies semblaient le partager, le vivre naturellement. Je voyais qu’elles la connaissaient beaucoup mieux que moi. Le temps, dont je me serais rendu jaloux, avait joué pour elles. J’étais bien l’invité. Nous parvenions au terme de notre balade. Nous longions un square dont les abords étaient largement dégagés. L’amie au visage d’enfant nous avait laissés avec une infinie discrétion. Peut-être n’était-elle point venue jusque là. Je ne sais plus même si je suis allée chez son amie, dans cette maison superbement située, où nous arrivions. Je # ne me souviens pas y être monté. Il me semble que c’est là pourtant que j’allais découvrir un appartement, poser mes yeux pour la première fois sur un salon, éclairé par de grandes baies tournées vers le soleil et dominant le square. J’en ai peut-être rêvé. Peut-être avait-elle vu dans mon regard un peu de cette peur, comme un ciel envahi, où des frissons glacés trahissent la douceur naissante du printemps. La peur dans les yeux, quelque fois, est ainsi. Peut-être avais-je affecté une sorte de bouderie,pressentant puis comprenant mon impuissance à empêcher que ce soit là le moment de nous quitter. Elle m’observait en tout cas tandis que je ne disais rien, de ça je me souviens. Il s’était passé quelque chose car nous allions vers le square. Nos pas nous y conduisaient. Son attention accrue montrait qu’elle ne me quitterait pas avant que je ne sois sorti de mon état. Nous étions maintenant assis côte à côte sur un banc. Et je m’étais levé si soudainement qu’elle restait surprise. Le square était peuplé du bruit des jeux de très jeunes enfants. En trois pas, j’avais franchi l’allée. Je me trouvais assis en face d’elle. Cette diversion avait éclairé son visage. Nous l’aurions prise sans doute comme un jeu. Mais nous restions ainsi, à nous regarder. Des silhouettes floues passaient dans le champ de notre éternité. * Il me revient un moment - vécu sans doute le lendemain - qui me pousse à croire que nos rencontres devinrent de plus en plus fréquentes. Nous étions quelque part dans un des nombreux passages où l’on pouvait se perdre sans s’éloigner jamais de la petite rue. La vie était là. Au plus secret des pavés disjoints. Dans des jeux d’ombre et de lumière, dans le délabrement ravivé des vieilles façades épuisées. J’étais dans l’attitude d’un très jeune garçon, peu éclairé sur son sort, maladroit. Je ne voulais qu’une chose : être seul avec elle - sans ses deux amies désormais - préférant la voir ainsi, entre la maison et le Lycée, plutôt que de renouveler l’expérience de la veille ! Elles te trouvent très mignon, avait-elle avancé, me regardant avec amusement. C’était la plus horripilante épithète qu’elle savait là m’avoir répétée. *copyright
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /Avr /2008 10:09
Lettre à mon frère ou L’Enfant immobile Est arrivé ce matin, avec le cachet de la poste d’Erquy, un courrier que je n’attendais pas. Venu d’elle, le premier signe de vie. C’est sa liberté d’avoir voulu s’éloigner. Cet éloignement ne m’a pas quitté, comme tout ce qui commence sans avoir de fin. Je n’ai pas eu à compter les jours, les années. Toi aussi tu t’es lancé dans la vie sans compter. Nous avons eu la même chance tous les deux. Papa n’était pas là pour nous montrer la route, nous apprendre à marcher. Ne le prends pas mal, c’est vrai je ne suis pas comme toi, je n’ai pas ton énergie, ta volonté, ta stature. Je ne voulais rien entendre. Comment ai-je pu dire : << À te vouloir toujours premier, tu tiens la mort entre les dents !>> À quoi tu répondais : << Tu te casseras les dents bien avant moi !>> Pourquoi cette opposition farouche, permanente, nos disputes froides, la rage qui me prenait ? Pourquoi parle-t-on ainsi quand on est jeune ? Je sais tout de ta brillante ascension, tu t’en doutes, grâce à maman. Un signe de vie, pour moi , c’est quelque chose que l’on n’a pas demandé. Le # premier signe, oui, venu d’elle. Je ne suis jamais allé à Erquy. L’oubli a fait le reste. Son prénom est la seule chose qui me soit restée. Aurièle avec un l. Elle y tenait beaucoup. Je l’aurais défendue contre toutes les adversités. Tout le reste — qu’on ne reprend pas en s’éloignant — s’est dissous sans se blesser aux ronces de la mémoire, impuissante à me restituer le moindre détail de sa personne. Je suis incapable de te la décrire. Je voudrais seulement te parler d’elle. L’enveloppe contient un mince sachet transparent. Dans le sachet une graine bleue, la plus petite qui soit, ronde, durcie à merveille. Bleue, de tout le bleu laiteux d’un ciel d’été. Le myosotis chez nous a quelque chose de ce bleu-là. N’importe qui, je crois, aimerait raconter l’histoire d’Aurièle — celle de son père. Je ne le connais pas. Je sais seulement qu’il est né dans le désert, qu’il y a soigné, conduit des chameaux, avant de connaître la guerre, les massacres, la fuite, les camps de réfugiés, une suite de non-événements monstrueux, jetés en travers de sa vie. Des hommes de journaux, des croque-la-mort, ont parlé de guerre ethnique — comme s’il ne suffisait pas que la guerre soit ce qu’elle est — la langue, la culture jetant les uns contre les autres, quand ça n’était pas plutôt les mêmes chefs qui les avaient séparés, poussés à la haine. À Rome, il aura vécu un long apprivoisement, inconcevable autrement que dans le dénuement du quartier où il a eu à se fondre, avant de rencontrer celle qui est devenue sa compagne. Aussi la maman d’Aurièle est fille du beau pays d’Italie. Dès l’annonce de l’événement, sans attendre, l’homme était retourné aux portes du désert, ce qui était fou, même après quelques années. Il en rapportait un sac léger, riche à poignée d’une multitude bleue, friable sous la main, pour ainsi dire mouvante au gré de la marche. Pour moi, c’est une certitude, cette petite graine des sables est du voyage qui a précédé la venue au monde d’Aurièle. Je pense au vrai monde. Et c’est déjà te parler d’elle. Près de mon lit, je garde une petite bourse de cuir serrée par un lacet, un cuir gorgé de soleil, doré comme la basane, souple comme un gant de femme. Chaque matin, dès l’aube, elle y déposait le grain bleu de la journée commencée. Je n’y ai jamais touché depuis son départ. Avec elle j’ai vécu trente nuits. Ce qu’il y a dans cette bourse appartient aux espaces vierges. C’est un mois de ma vie. C’est toute ma vie. Tu conviendras que c’est possible, surtout même si tu as connu, toi aussi, de ces oublieuses échappées qui t’ont rendu heureux sans compter. Cette bourse qui garde mon sommeil est la même qu’elle portait sur elle, fixée à la taille. Je ne manquais pas de curiosité. Lorsqu’à propos des ancêtres de son papa, de la bourse que chacun portait sur lui, elle m’a dit qu’ils ne pouvaient connaître leur # âge, ne sachant pas compter, j’étais bien assez troublé. Je pourrais t’entendre. Ne pas savoir compter ne change pas grand-chose. Chacun voit bien où il en est. J’ai dans l’oreille la voix rauque de mon grand frère, son timbre chaud, convaincant. Une merveille. Bien sûr, je vais me rendre à Erquy.
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /Avr /2008 10:03
Commentaires de l'auteur à propos de GADJO ou les peaux électives. Roman pédagogique, didactique, bavard et chiant. dans lequel, pour la première fois, sauf erreur, un gugus tente de montrer que l’intelligence naturelle crève dans un système virtuel, une tripartition, une trinité, un triptyque, un trilogisme passé-présent-futur, hier-aujourd’hui-demain, qui dans la réalité n’existe pas, mais où la pensée mécanique seule trouve, ô combien, à s’exprimer, et concrétiser même des objets, puis des comportements, sans commune réalité avec la vie, tandis qu’on en est encore à ignorer l’intemporalité dynamique du présent dans lequel l’intelligence aurait à se comporter aussi bien que l’hirondelle peut le faire dans le ciel innombrable.
Par jean francis evenou - Publié dans : litérature et société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : Le blog de jean francis evenou
  • Le blog de jean francis evenou
  • : une idée peut-elle "germer"? le réel et la vie. Littérature
  • : Qu'est-ce que le "monde virtuel" ? Est-il aussi "vieux" que les sociétés humaines ? Où cela mène-t-il ? Interactions, interférences au quotidien. Le réel et l'image. Les cultures et le "fond humain". Les contresens du langage. Le réel et l'abstrait. L'esprit, les sens et le corps. Distance et réserve à l'endroit de tout ce qui est virtuellement en notre pouvoir ( les technologies ) quand il s'agit de protéger la vie.
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés