Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 12:55

Le séjour d'Albert Camus à Prague, dans L'envers et l'endroit. 

Pour Albert Camus, tout jeune homme, il ne fait pas bon être pauvre  et seul dans la "bonne ville" de Kafka, pour laquelle par ailleurs vous ne trouverez non plus chez ce dernier, dans toute son oeuvre, aucune complaisante description. Rien ne trouve grâce aux yeux de Camus, tous sens à vif. Ni l'habitant ni l'habitat. Tout lui est péniblement étranger, alors qu'il s'est fait étranger à lui-même, en acceptant de s'éloigner de tout ce qu'il aime : << j'étais à des milliers de kilomètres du pays familier.>> (p;75). Mais étranger à quoi, qui serait lui-même, ou plutôt cette part de lui-même ? << Et voici que le rideau des habitudes, le tissage confortable des gestes et des paroles où le coeur s'assoupit, se relève lentement et dévoile enfin la face blême de l'inquiétude. L'homme est face à face avec lui-même :  je le défie d'être heureux ... Et c'est pourtant par là que le voyage l'illumine. Un grand désaccord se fait entre lui et les choses. Dans ce coeur moins solide, la musique du monde entre plus aisément. Dans ce grand dénuement enfin, le moindre arbre isolé devient la plus tendre et la plus fragile des images.>> (p;82).

De quel désaccord parle-t-on ? Ces choses qui font nos habitudes nous seraient-elles extérieures, et donc étrangères à ce monde où l'arbre ( que je dirais faire partie du réel - non pas son image, fut-elle la plus fragile) a sa place au plus près de la nôtre ? 

Camus n'a pas aimé Prague. Il va quitter cette ville pour se rendre en Italie. << J'entre en Italie. Terre faite à mon âme, je reconnais un à un les signes de son approche.>> (p;89). Et plus loin : << A Prague, j'étouffais entre des murs. Ici, j'étais devant le monde, et projeté autour de moi, je peuplais l'univers de formes semblables à moi. Car je n'ai pas encore parlé du soleil. De même que j'ai mis longtemps à comprendre mon attachement et mon amour pour le monde de pauvreté où s'est passée mon enfance, c'est maintenant seulement que j'entrevois la leçon du soleil et des pays qui m'ont vu naître.>> (p;92).

Ce << maintenant seulement >> nous encourage à penser que c'était là le signe pourtant d'une prodigieuse et poignante maturité pour un jeune homme d'à peine plus d'une vingtaine d'années, touché par la tuberculose dès l'adolescence. Ce mal, qu'il faudra voir comme un fléau social lié à la pauvreté, que l'on nomme aussi la peste blanche, fera des ravages jusqu'en 1950. Ce drame se suffit à lui-même. Comment, à cet âge, ignorer les affres d'une mort prématurée ? La lucidité est non pas l'antidote mais le vrai ferment d'un amour fou de la vie. Et parlant de ces sublimes moments vécus à Vicence : << Pour moi, aucune promesse d'immortalité dans ce pays.>> dit-il (p;94), évoquant ce pari fou du sensible, du sensuel, du sensoriel, impossible, inaccessible autrement que dans sa chair.   

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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 12:41

 

Le voyage de Camus l'étranger à Prague ... 

Dans L'envers et l'endroit, l'essai qui se rapporte à ce voyage est intitulé La mort dans l'âme. Pour un athée il conviendrait plutôt d'évoquer l'esprit, tant le mot âme est chargé, mais il est difficile aujourd'hui de remplacer une formulation aussi répandue à l'époque, par quelque chose qui dirait bien qu'en effet, lorsque la mort rôde, l'esprit lui pour autant n'est pas mort. 

Camus écrit ceci : << J'arrivai à Prague à six heures du soir. Tout de suite, je portai mes bagages à la consigne. J'avais encore deux heures pour chercher un hôtel. Et je me sentais gonflé d'un étrange sentiment de liberté parce que mes deux valises ne pesaient plus à mes bras.>>

Cet étrangeté ne va-t-elle pas au-delà d'un ressenti que chacun peut connaître au moment de se retrouver les mains libres ? Est-ce bien seulement recouvrer sa liberté de mouvement ? N'est-ce pas aussi que ces deux valises et leur contenu viennent comme lui de l'endroit où il vit ? Que c'est aussi inverser le mouvement que de s'en décharger ?

Que devrait-on pouvoir laisser après soi lorsqu'on voyage ? Je dirais quasiment tout ... et donc, à défaut de pouvoir se montrer dans toute sa nudité, d'être ainsi que l'on puisse librement découvrir un lieu qui nous est étranger avec l'esprit ouvert, donc vidé de tout ce que l'on croît être. De sorte que très naturellement nous puissions devenir comme étranger à nous-mêmes ; à cela en tout cas que nous avons laissé derrière nous, par la plus agréable et la plus simple forme d'oubli qui soit.

On pourrait disserter sur le bagage, cette sorte de charge que la clientèle des palaces fait peser sur le porteur, jusqu'au déclassement de ce dernier, quand l'un, dans son état, se considère manifestement et supérieurement bien plus libre que l'autre - au point de l'ignorer.  

 

 

 

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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 18:34

L'absurde disparition, le 3 janvier I960, d'Albert Camus poignant écrivain de l'absurde, tué sur le coup à quarante sept ans, il y a plus d'un demi-siècle, dans un mortel accident à bord d'une Facel Vega FV3B.

Que dit Wikipédia de ce véhicule automobile ? Jean Daninos, pdg de Facel S.A. en est le concepteur << sous la marque Véga construite par Facel >> dès 1954. << C'est le frère journaliste et écrivain Pierre Daninos qui lui suggéra Vega, l'une des étoiles les plus brillantes de la constellation de la Lyre, symbole de puissance et de prestige.>> On sait qu'Albert Camus se proposait de rejoindre Paris par le train. Le texte publié par Wikipédia évoque également la réaction à cette époque de l'écrivain René Etiemble déclarant : << J'ai longtemps enquêté et j'avais les preuves que cette Facel Vega était un cercueil. J'ai cherché en vain un journal qui veuille publier mon article...>> 

N'en sachant pas davantage, puis-je ajouter une curiosité malsaine à ce qui demeure un fait tragique ? En 1960, en seconde main, donc d'occasion et sans grands moyens, j'ai fait l'acquisition cependant d'un coupé Simca sport, pour le motif que les lignes de ce modèle m'enthousiasmaient, alors même qu'il se trouvait par ailleurs équipé d'une boîte de vitesse Maserati, possédant ce qu'on appelait à l'époque une "surmultipliée", ce qui n'avait rien non plus d'innocent. J'avais donc cette fougue dite de la jeunesse qui mêlait en moi le goût de la vitesse et de la séduction.

Aujourd'hui, la Bretagne est équipée d'un réseau routier de voies expresses conçues sur le modèle des autoroutes, où la vitesse est limitée à 110 kms/heure pour la raison suffisante qu'elles ne possèdent que deux  voies de circulation. Les statistiques montreraient vraisemblablement que la fréquence d'accidents graves ou mortels y est parmi les plus basses. La question n'est pas là. Rouler par exemple de Vannes à Brest sur une centaine de kilomètres, c'est faire le constat que vous êtes instantanément l'otage d'un flux où "tout le monde" roule entre 110 et 120 kms/heure. La voie de dépassement ( et le plus souvent "en meutes") est celle d'une stratégie inexplicable, si l'on n'a pas en tête que ce sont là des personnes qui toutes sont pressées, et qui véhiculent une tension permanente. L'écrasante majorité d'entre elles sont là pour leur travail. L'activité professionnelle exigerait donc que l'on aille de plus en plus vite ?

Il y a beaucoup à dire sur la vitesse relative d'un mobile ( d'un véhicule ici dans lequel la conscience d'une volonté de puissance ajoutée se fond bel et bien dans une attitude collective ) par rapport à la vitesse de rotation de la terre, laquelle participe à la notion ( toute subjective ) de durée, en particulier d'une journée. Il  est à parier que la vitesse mécanique qui nous bouscule, dans laquelle nous sommes, raccourcit le "temps" ( immatériel ) d'une journée, telle qu'elle pouvait être perçue par nos précédentes générations, dans et par le rythme naturel de la marche.      

 

 

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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 10:34

L'être et l'avoir. Qu'est-ce que l'avoir, si l'on occulte le faire qui le précède ? Jouir de ce que l'on a sans avoir eu à le faire, est-ce la même chose que de faire ce qui se révélera accessible seulement à quelques-uns ? Il est tant de biens ( les mal nommés ) qui défient le bon sens et plus simplement  les besoins élémentaires, que cela ne peut faire ignorer les contraintes et le conditionnement qui vont immanquablement échoire à celui, à celle, à ceux qui en assureront l'exécution.  


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Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 15:05

Si, comme il est dit très souvent, la volonté de puissance nous habite tous, si cela semble vouloir s'être justifiée par la "nécessité", aux origines, de maîtriser la nature ( et plutôt que de composer, de collaborer avec elle) alors il est a craindre que nous n'ayons eu de cesse de vouloir appliquer cette même maîtrise à l'autre, c'est à dire à nous-mêmes, qui sommes de la nature ; de le dominer, d'exclure méthodiquement en  lui et donc en nous ce qui demeure sauvage, qui n'est pas violence, comme on veut le dire de la bête immonde, mais tout à l'inverse amour de la nature. Comment pourrions-nous aimer ce qui nous serait totalement extérieur, donc étranger ? Si l'amour de la nature est notre seule vérité, l'amour de la vie est là dès les origines, seul capable de combattre l'absurde.


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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 10:48

 

 

L'évidence est quelque fois d'une effarante banalité, et peut conduire à chercher ailleurs ce qui du coup se révélera complexe, peu satisfaisant pour une curiosité devenue insatiable.

Ainsi peut-on émerger d'un profond sommeil, au milieu de la nuit, avec aussitôt l'agréable et volatile sensation d'avoir ce que l'on appelle les idées claires, voire même une autre forme d'approche, mais lumineuse et d'une éclairante évidence. Cela ne dure pas car l'instant d'après, la tentation de formuler, de faire appel aux images, d'ajouter à la pesanteur des mots, en voulant les introduire dans ce qui apparaît comme une bulle d'une transparente fragilité, tout cela se révélera difficile. Mais pourtant ...

C'est une vérité qui s'impose, lorsqu'il nous vient à l'esprit que tout ce que nous mangeons est dans la terre et se trouve dans la terre. Pour cela il y faut c'est vrai toute l'intelligence des espèces végétales pour en extraire les substances nutritives, qui deviendront les nôtres, ce qui nous dispense pour le coup d'avoir à les chercher nous-mêmes ! Ainsi sommes-nous cela, fait de cela en quelque sorte qui est puisé dans le sol. De quoi serions-nous constitués qui se trouverait ailleurs? ( oui, bien sûr aussi, dans les océans ). Les animaux marins ne s'y nourrissent pas autrement. Et manger de la chair, en prédateurs, comme nous le faisons nous-mêmes, c'est comme de se montrer paresseux, en se dispensant de la deuxième étape, où la racine, le fruit, le légume se font à leur tour nourriture ! Alors donc, nous sommes bel et bien terriens, et cela d'abord. Sans oublier que la planète Terre, la bien nommée, fait partie du tout, et  que dans ce tout intervient l'énergie solaire, cosmique et tellurique.

Ainsi pourrait-on réfuter au moins la première partie d'une phrase répandue : << Tu es poussière et tu retourneras à la poussière. >> 

Un organisme vivant a pour lui d'avoir à se nourrir continûment, aussi bien des rayons du soleil, mais il n'est pas poussière, en cela qu'elle ne contient aucun nutriment. 

Ce qui est saisissant c'est que nous n'avons fait aucun progrès dans nos croyances, si l'on veut bien considérer que les peuples primitifs vénéraient déjà la terre-mère nourricière. A quoi il faut ajouter que cette même terre primitive s'est révélée être le creuset de la fécondité qui est à l'origine de la vie, ce que l'homme d'alors pouvait avoir saisi intuitivement. Je ne comprendrais pas que  les premiers agriculteurs, fort déjà d'une technologie rudimentaire, puissent s'être détournés pour autant de la Nature. Car si l'agriculture, comme la chasse, est aussi le signe d'une organisation collective, mais qui va faire de lui un sédentaire, il ne peut ignorer que son ancêtre chasseur-cueilleur pouvait se réclamer lui aussi d'une Nature divinisée, authentiquement sauvage, c'est à dire à la fois vierge et féconde. On voit bien là les prémices d'une religion qui hantent encore l'esprit. Il s'agirait donc de choisir entre la terre et le ciel, qui pourtant ne font qu'un tout ? Cette bulle échappée du sommeil suggérait-elle une forme humaine émergeant de la glaise sous les doigts d'un artiste parmi les premiers, à l'aube de l'humanité ?

 

 

Aucune image ne remplacera jamais une personne qui est à vous présente et qu'il vous reste à découvrir ; en cela elle vous est inconnue et peut le rester durablement. 

L'image est en soi une forme d'absence. Elle est donc tout cela aussi qui n'a rien à faire avec l'authenticité, et qui peut être vu comme un effet de mode, une fiction ou bien encore tout un enveloppement, durablement codé socialement, comme peut l'être un uniforme, mais jusqu'à la caricature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 10:41

 

Je trouve qu'on ne regarde pas les arbres comme il est vraisemblable qu'on le fasse lorsqu'on se trouve devant des êtres vivants. Pourtant ils le sont ! Le regard ne va plus à ceux parmi les plus robustes ou les plus grands qui "évoluent" dans notre environnement ( il en reste encore ) avec une pleine autonomie, sans intervention - et peut-être même à cause de cela -  sans autre motif d'abattage que celui d'être rendus trop vieux ou dangereux,  juste bons à jeter au feu ; alors que tous les soins que dans le même temps nous prodiguons aux arbustes et plantes des jardins, devraient nous garder d'un tel éloignement, d'un oubli aussi radical, et pour ainsi dire d'une forme d'abstraction qu'on ne peut expliquer que par un goût versé dans l'esthétisme et  l'ornementation.

 

Celui qui parle à dix personnes les ignorent toutes.

 

Il faut être dans l'oubli de la vie pour oublier la mort ; être à la tâche toujours ou s'occuper autrement, en moult distractions, jusqu'à l'oubli total de la vie en soi.

 

Lire un bon livre c'est parcourir en solitaire le cheminement d'une histoire écrite d'une seule voix.

 

Faut-il que l'on en vienne à parler à son téléphone en pleine rue, comme si on était seul au monde ? Avec force mimiques et gestes à l'appui, en pure perte, et pourtant merveilleusement modelés jusqu'alors par l'immémoriale et chaleureuse relation possible entre deux êtres . Mais aussi l'objet n'est-il pas des plus précieux s'il est dans son téléphone une personne qui est la seule au monde peut-être à qui l'on veut parler ?

 

Il se peut que la philosophie conduise à la méditation, mais la méditation demeure inégalée, où cette fois seul l'esprit se plaît à emprunter le raccourci des occupations les plus simples pour se manifester en un riche et clair silence, loin du cheminement des mots suscité par une fonction cognitive des plus performantes . 

 

 

Les nouvelles générations vont-elles connaître la plus dévastatrice addiction aux images, jamais connue ?

 

 

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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 10:29

Ah! les citations ! ( suite )

<< Il est facile, avec un jargon convenu, avec deux ou trois idées qui sont de cours, de se faire passer pour un écrivain socialiste, humanitaire, rénovateur et précurseur de cet avenir évangélique rêvé par les pauvres et par les fous. >>  Flaubert  ( Lettres à sa maîtresse.)

 

<< Nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d'autre. >>   Ch Bobin

 

 

<< Les Français veulent être respectés pour ce qu'ils savent, l'américain veut être respecté pour ce qu'il fait.   >> Alex , un américain qui vit à Dijon. 64 ans


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Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 11:44

 A propos de << Bergson à toute heure >>  Robert Maggiori, Philosophe, écrit ceci : << Si l'on voulait circonscrire ce qu'on ne trouve que << chez >> Bergson, et qui définit sa singularité, on ne pourrait pas, cependant, ne pas reprendre cette proposition par laquelle le philosophe, pressé par ses auditeurs du Collège de France, résuma un jour sa pensée : << J'ai dit que le temps n'était pas de l'espace.>>

Conscience. Truisme? Chacun ne sait-il pas d'emblée que << le temps n'est pas de l'espace >>, que les allers-retours dans le temps sont aussi impossibles que sont possibles les allers-retours dans l'espace ? Pourtant si c'est une thèse, convoquant la notion de durée vécue et l'opposition entre qualitatif et quantitatif, on s'aperçoit qu'elle change tout. >>  ( voir la suite de l'article dans Libération du 3 Mars 2011, en page des Essais Livres,).

Mon amie poétesse Emilienne Kerhoas - que je salue, à qui je dis merci - découvrant que j'utilisais l'expression " le temps n'existe pas ! ", s'était montrée très gentiment un peu désapointée de me trouver à un point où j'en étais encore à vouloir affirmer pareille banalité, pourtant exacte on ne peut mieux, en vérité. Et plutôt que dans la précipitation d'un << Chacun ne sait-il pas d'emblée? >> une telle découverte pour un jeune homme ne manque pas d'être tout d'abord un grand bouleversement, qui réclame dans l'urgence que l'on se mette en accord avec un ordre universel jusque là inaperçu, en se donnant pour tâche ( sous des conditions et dans un temps fixés, nous dit la tradition !! ) de démêler, par de nouvelles attitudes et pratiques, l'écheveau chaotique du quotidien dans lequel les neurones s'abusent et s'emprisonnent. Il y faut du coeur, la tâche est difficile pour ne pas dire dangereuse puisqu'elle peut conduire à l'isolement, tant notre vie commune se conditionne et s'organise dès l'enfance, se voulant pour ainsi dire exclusivement temporelle, en tout cas à partir d'une notion quantitative de "temps" à laquelle il est humainement très difficile d'échapper, mais qui demeure cependant une donnée virtuelle totalement absurde, puisqu'elle est au mieux comme au pire la représentation d'une dimension physique inexistante ! Ne pas pouvoir palper la matière du temps et ( dans le même temps si j'ose dire ) le vouloir en mouvement, est une absurdité. Un présent dynamique n'a de sens que par la matière identifiable des choses présentes. 

En lisant le propos de Robert Maggiori, quelque chose m'a heurté, qui concerne les allers-retours dans le temps ou dans l'espace. S'agissant de l'espace, l'Académie se trompe lorsqu'elle dit de l'aller-retour qu'il s'agit d'un << trajet effectué dans les deux sens >>. C'est confondre le chemin à parcourir, considéré comme inerte, et le mobile, qui ne connaît qu'un sens, celui du mouvement, lequel est fléché. Revenir au point de départ, lui-même propulsé dans l'espace, ne signifie pas que le sens de la marche du mobile s'en trouve inversé. L'acrobate juché sur son monocycle de cirque avance, même à reculons, lorsqu'il effectue un rétropédalage. La chronologie ne serait que le sens même du mouvement fléché, et le sens même de la vie, lequel ne concerne que les objets identifiés. Il n'y a pas d'allers-retours possibles dans l'espace, car ce serait considéré celui-ci comme inerte, alors qu'il n'y a rien de semblable dans un univers en mouvement, si ce n'est une gigantesque impulsion d'énergie. 

Et pourtant, et pourtant ...  nous y croyons, à ce temps des horloges. Notre démarche est bien celle d'une inversion : le progrès matériel est à ce prix. Camus évoquait un envers du décor, mais il y a là  dans ce qui est dit quelque chose de statique, comme l'envers et l'endroit d'un tissu, d'une pièce de monnaie, alors qu'il s'agit de la marche en avant de toute la nature, du grand jardin planétaire que le sédentaire a fini par perdre de vue. Et n'est-il pas tenté par quelque chose qui dirait ceci : " Là où j'étais hier j'y retourne aujourd'hui ; et la seule marche en avant que je me reconnaisse est celle de la veille au lendemain, lorsque je dors. Et encore cette marche en avant m'effraie quand j'y pense, car elle me rapproche chaque jour du jour de ma mort. Il me faudrait connaître un réveil joyeux, comme l'amant qui se voit une belle journée de vie devant lui " ?

 

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Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 11:09

Qui a écrit cela, ce Dimanche 14 Août 1853, à Trouville ?      

<< Comme ça se fout de nous, la nature ! et quelle balle impossible ont les arbres, l'herbe, les flots ! La cloche du paquebot du Havre sonne avec tant d'acharnement que je m'interromps. Quel boucan l'industrie cause dans le monde ! Comme la machine est une chose tapageuse ! A propos de l'industrie, as-tu réfléchi quelquefois à la quantité de professions bêtes qu'elle engendre et à la masse de stupidité qui, à la longue, doit en provenir ? Ce serait une effrayante statistique à faire ! Qu'attendre d'une population comme celle de Manchester, qui passe sa vie à faire des épingles ? Et la confection d'une épingle exige cinq à six spécialités différentes ! Le travail se subdivisant, il se fait donc, à côté des machines, quantité d'hommes-machines. Quel fonction que celle de placeur à un chemin de fer ! de metteur en bande dans une imprimerie ! etc.,etc. Oui, l'humanité tourne au bête. Leconte a raison ; il nous a formulé cela d'une façon que je n'oublierai jamais. Les rêveurs du moyen âge étaient d'autres hommes que les actifs des temps modernes.>>

Gustave Flaubert ( Lettre 228 ) dans Lettres à sa maîtresse, Tome III. Ed. La part commune.

Il nous reste les Zemmour et Nolleau, ce dernier nous proposant rien moins que de remettre << tout à plat >> devant une Isabelle Saporta, toute guillerette et riant aux éclats, alors qu'elle produit un ouvrage essentiel, d'observations profondément tragiques, "Le livre noir de l'agriculture".

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